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MangaLangue d’origine : Japonais

SAD

Première publication
2014
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Soixante-neuvième tome de la série, ce tankobon relie les chapitres 679 à 690 et poursuit l'arc Punk Hazard, entamé trois volumes plus tôt, qui ouvre la saga Dressrosa. Le gaz Morte-Terre s'est infiltré dans le laboratoire : les marins de la base G-5 s'y retrouvent piégés avec les pirates, contraints de partager le même danger. Vergo, chef de cette base de la Marine, y est démasqué : il travaille pour Joker. Luffy engage l'affrontement avec César Clown, le maître des lieux, tandis que le combat contre Monet, la femme des neiges, se poursuit dans la Biscuits Room. Le volume donne son nom à Momonosuké, suit le sort des enfants cobayes rassemblés autour de Mocha, laisse remonter celui de Végapunk et le souvenir d'une île « qui n'existait pas », puis révèle ce que l'on fabrique sur place : le SAD, qui donne son titre au tome. Douze chapitres à huis clos qui resserrent l'étau, distribuent les duels et arment les enjeux de la suite, sans livrer le dénouement de l'arc.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Douze chapitres à huis clos : One Piece verrouille Punk Hazard

Un tome de One Piece ne se juge pas comme un récit autonome : c'est une tranche de feuilleton, découpée par le calendrier du Weekly Shonen Jump puis reliée après coup en tankobon. Le soixante-neuvième pose une question simple : que vaut un volume presque entièrement occupé à refermer un piège ? Personne n'y voyage, personne ne quitte l'île. Oda enferme marins, pirates, savant fou et enfants cobayes dans le même bâtiment, coupe l'air respirable et laisse la mécanique tourner. Ce qui en sort tient moins de l'épisode de bravoure que de l'exercice de pression, et ne fonctionne vraiment qu'avec les deux volumes précédents en mémoire.

Le découpage relève du montage parallèle assumé. Quatre ou cinq foyers se partagent les douze chapitres : le laboratoire envahi par le gaz Morte-Terre, la révélation qui entoure Vergo, l'affrontement de Luffy et de César Clown, la Biscuits Room où l'on se bat contre Monet, le sort des enfants cobayes que Mocha finit par cristalliser. Oda ne consacre presque jamais un chapitre entier à une seule ligne : il alterne, coupe sur un effet, revient trois planches plus loin. Prépubliée à raison d'une vingtaine de pages par semaine, cette écriture vise le crochet de fin de chapitre ; reliée en tankobon, elle produit un tressage nerveux, où la respiration d'un front sert de suspense à un autre. Le rythme gagne en tension continue ce qu'il perd en ampleur : aucun combat ne se déploie ici d'un seul tenant.

L'unité de lieu fait le reste. Après des arcs bâtis sur le déplacement et la découverte, le tome cloître tout le monde dans des salles closes, des sas et des couloirs. Le décor devient adversaire : le gaz avance, les portes se referment, la géographie du laboratoire organise la peur mieux que n'importe quelle réplique. Le dessin épouse ce resserrement. Les planches en noir et blanc, lues de droite à gauche, tirent des trames une matière granuleuse, presque solide, et Oda multiplie les cadrages bas et les compositions encombrées qui interdisent au regard toute échappée. Sa caricature reste souveraine : César Clown, silhouette cornue et rire de croquemitaine, tient de la marionnette de foire autant que du chimiste, quand Monet oppose sa dégaine ailée et son calme glacé à la panique générale. Les marins du G-5, dessinés en troupe grimaçante, servent à la fois de chœur comique et d'unité de mesure de la peur.

Dramatiquement, le volume opère un déplacement discret et décisif. L'arc cesse d'être un problème que l'on règle à coups de poing pour devenir une urgence de sauvetage : le fil des enfants, avec Mocha en son centre, installe un enjeu que la puissance des personnages ne suffit pas à trancher. Momonosuké s'y glisse comme un corps étranger, mystère et bouffonnerie mêlés, au moment précis où il se nomme. Puis le nom de Végapunk, l'île « qui n'existait pas » et la révélation du SAD élargissent d'un coup l'échelle : ce qui passait pour la lubie d'un savant se découvre rouage industriel, et ce rouage pointe vers Joker. Telle est la fonction de ce tome dans l'arc : verrouiller l'espace, redistribuer les duels, ouvrir une perspective plus vaste que l'île. Il ne conclut rien, il arme le ressort.

Notre verdictUn tome de mécanique plus que de bravoure, et c'est sa réussite. Oda y fait ce qu'un feuilleton au long cours réussit rarement : immobiliser ses personnages, fermer les issues, transformer un décor en antagoniste, sans que le récit s'enlise. Le montage parallèle maintient une tension continue au prix de duels fragmentés, le mélange des tons vacille par endroits, mais l'ensemble avance avec une netteté remarquable. Surtout, la révélation finale change l'échelle de l'arc : ce qui ressemblait à l'affaire d'une île devient un maillon dans une chaîne bien plus longue. Le volume ne se referme pas, il se tend. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit chargée de faire monter la pression et d'ouvrir la suite, il tient parfaitement son rôle.

Points forts

  • L'unité de lieu convertie en moteur de tensionTout le tome tient dans un laboratoire dont les portes se ferment. La menace n'a rien d'abstrait: elle est spatiale, visible, dessinée, et chaque case de couloir vaut avertissement à mesure que le gaz gagne du terrain. Oda tire de cette contrainte un suspense de huis clos rare dans une série de voyage, où l'ennemi n'est pas seulement en face mais tout autour.
  • Un antagoniste de laboratoire immédiatement lisibleCésar Clown appartient à la famille des vilains grotesques d'Oda: la silhouette, le rire et la gestuelle disent tout avant le dialogue. Monet joue la carte inverse, celle du calme glacé, et la Biscuits Room offre au dessin un décor de conte cruel. Le contraste entre les deux registres empêche le tome de s'enfermer dans un ton unique.
  • Un enjeu moral que le rapport de force ne tranche pasLe fil des enfants cobayes, noué autour de Mocha, impose une urgence que les poings ne résolvent pas. Le volume y gagne sa gravité: la série assume une cruauté froide, celle de l'expérimentation sur des enfants, sans quitter le registre du shonen ni renoncer à sa lisibilité.

Réserves

  • Un tome qui ne se suffit pas à lui-mêmeIl commence en pleine crise et s'achève sur une révélation, non sur une résolution. Qui l'ouvre sans avoir lu les deux volumes précédents entre dans un couloir enfumé sans savoir qui court, ni pourquoi. C'est la loi du feuilleton, mais elle joue ici à plein: le plaisir est presque entièrement conditionnel.
  • Des combats hachés par le montage parallèleL'affrontement de Luffy et de César Clown, comme celui qui se poursuit dans la Biscuits Room, avance par fragments, interrompu chaque fois par un retour sur une autre ligne. Le procédé entretient la tension d'ensemble, mais prive les duels de la montée en puissance et de l'ampleur graphique que la série sait offrir ailleurs.
  • Un comique de troupe parfois mal placéLes gags des marins du G-5 et l'irruption cocasse de Momonosuké, au moment même où il décline son nom, tombent au cœur d'une séquence d'asphyxie et d'enfants en danger. Le mélange des tons appartient à l'ADN de la série, mais dans ce tome précis il désamorce à quelques reprises une tension patiemment bâtie.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série et arrivent avec les tomes 67 et 68 en tête : c'est pour eux qu'il fonctionne, comme resserrement et comme promesse. Les amateurs de huis clos et de récits de laboratoire y trouveront la veine la plus sombre de l'arc, entre gaz mortel, cobayes et savant grotesque. Les lecteurs sensibles noteront que le sort réservé aux enfants, traités comme matériel d'expérience, donne au tome une dureté supérieure à la moyenne de la série, même si le trait reste caricatural et le regard toujours du côté des sauveteurs. Ce n'est en revanche pas une porte d'entrée : qui découvre One Piece commencera au premier tome, ou au moins à l'ouverture de l'arc Punk Hazard, trois tomes plus tôt.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.