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Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Sallie

Première publication
2018
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Guerre de Sécession, quelque part entre deux batailles. Des renforts du onzième régiment d'infanterie de Pennsylvanie rejoignent le camp de Blutch et Chesterfield, et avec eux une petite chienne que la troupe a adoptée: Sallie, mascotte devenue membre à part entière de l'unité. Au même moment, l'état-major confie au sergent une mission délicate, capturer un soldat ennemi et lui faire dire ce qu'il sait, la vie de plusieurs milliers d'hommes pouvant dépendre de ces quelques renseignements. Chesterfield part donc en reconnaissance avec son caporal, toujours aussi peu convaincu par les vertus de l'héroïsme militaire, et avec cette chienne qui s'est entichée de lui et refuse de le lâcher d'une semelle. Autour de ce trio improbable, Cauvin et Lambil déroulent une galerie d'animaux de la guerre: Arabesque, la jument de Blutch, Traveller, le cheval du général Lee, et jusqu'à Nellie, la poule du même Lee. Sous la farce militaire affleure un fond documentaire assumé: Sallie a réellement existé, mascotte du onzième régiment de Pennsylvanie, et sa silhouette de bronze veille aujourd'hui au pied du monument de ce régiment, sur le champ de bataille de Gettysburg.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

La guerre de Sécession à hauteur de chien

Cinquante ans de service et soixante-deux albums: peu de séries franco-belges auront tenu aussi longtemps sur un sujet aussi peu comique que la guerre de Sécession. Pour ce tome paru en novembre 2018 chez Dupuis, Cauvin et Lambil confient le premier rôle à une chienne. Le choix n'a rien de gratuit: Sallie fut la mascotte bien réelle du onzième régiment d'infanterie de Pennsylvanie, et sa statue de bronze monte encore la garde au pied du monument de ce régiment, à Gettysburg. De cette note de bas de page de l'histoire militaire, les deux auteurs tirent un album mineur mais attachant, où l'humour de caserne cède par moments la place à quelque chose de plus doux.

Le principe de l'album tient dans un déplacement du regard: le temps d'une mission de reconnaissance, la guerre est observée depuis le niveau du sol, celui d'une bête qui ne comprend rien aux enjeux stratégiques et tout aux humeurs de celui qu'elle a choisi. Cauvin force rarement l'anthropomorphisme. Sallie n'est ni une commentatrice ni un ressort de gag mécanique, elle est simplement là, obstinée, et cette présence suffit à décaler la routine des expéditions en territoire ennemi vers un registre légèrement différent. Le scénario reste pourtant fidèle au schéma éprouvé de la série: une mission absurde confiée par un état-major indifférent au sort de ses hommes, un Chesterfield tout en zèle patriotique, un Blutch qui annonce le désastre et cherche avant tout à sauver sa peau. Le duo fonctionne comme il fonctionne depuis des décennies, sans surprise mais sans usure visible.

Graphiquement, Lambil poursuit son travail d'illustrateur documentaire déguisé en humoriste. Son trait, héritier de l'école de Marcinelle, rond et souple pour les visages et les silhouettes, se fait méticuleux dès qu'il s'agit d'uniformes, d'attelages, de campements ou de harnachements. Les couleurs de Vittorio Leonardo installent des ambiances de fin d'automne qui tempèrent la drôlerie des situations et rappellent que l'on est sur un théâtre d'opérations, pas dans une cour de récréation. L'album assume enfin sa dimension pédagogique, en rappelant le rôle bien réel des animaux dans le conflit, chevaux d'officiers, montures de troupe et mascottes de régiment, sans jamais se transformer en fiche documentaire illustrée.

Notre verdictSallie n'est pas le sommet des Tuniques Bleues et ne cherche pas à l'être. C'est un album de série longue, écrit par des auteurs qui connaissent leur affaire et qui, pour une fois, se sont donné un point de départ un peu à part: une chienne de troupe qui a vraiment existé et dont le souvenir est gravé dans le bronze à Gettysburg. De cette anecdote, Cauvin tire un récit sans audace mais bien tenu, où l'humour habituel laisse par instants filtrer une note plus tendre, et Lambil confirme qu'il reste l'un des dessinateurs les plus scrupuleux de la bande dessinée historique populaire. On refermera l'album sans avoir été bouleversé, mais avec l'envie d'aller vérifier à quoi ressemble cette statue de chien au pied du monument du onzième régiment de Pennsylvanie. Pour une série qui en est à son soixante-deuxième tome, c'est déjà un joli résultat.

Points forts

  • Un angle inattendu pour un tome tardifAprès soixante et un albums, faire d'une chienne le personnage-titre relance l'intérêt sans rien casser de la mécanique de la série. Le point de vue animal donne une texture particulière à des scènes que l'on croyait connaître par cœur, et évite l'impression de redite qui guette les séries fleuves.
  • Un socle historique authentiqueSallie a bel et bien existé et son effigie de bronze se trouve au pied du monument du onzième régiment de Pennsylvanie, à Gettysburg. Cauvin part de ce détail vérifiable pour construire son récit, et l'album transmet au passage une réalité peu connue de la guerre de Sécession, celle des animaux embarqués dans le conflit.
  • Le métier de LambilLe dessin garde sa lisibilité et sa rondeur comiques tout en restant d'une précision remarquable sur l'équipement, les uniformes et les décors de campement. La mise en scène des animaux, en particulier, est observée plutôt que caricaturée.
  • Une tendresse qui ne verse pas dans le siropL'attachement de Sallie pour Chesterfield est traité avec retenue, par de petites notations plutôt que par de grandes déclarations. C'est ce qui permet à l'album de rester drôle tout en laissant passer une émotion discrète.

Réserves

  • Un scénario qui ne prend aucun risqueLa structure est celle de dizaines d'albums précédents, ordre absurde de l'état-major, expédition à deux, catastrophe évitée de justesse. L'idée de départ est belle, son exploitation reste sage et l'on devine assez vite le chemin que va prendre le récit.
  • Un humour en pilotage automatiqueLes gags reposent sur des ressorts que la série a déjà beaucoup utilisés, le patriotisme borné de Chesterfield contre la lâcheté raisonnable de Blutch. Le lecteur régulier sourira plus qu'il ne rira, et les vannes de troupe montrent par endroits leur âge.
  • Un album qui suppose une familiarité avec la sérieLe récit s'appuie sur des rapports entre personnages installés de longue date et sur un contexte que l'album ne réexplique guère. Ce n'est pas la meilleure porte d'entrée pour qui découvrirait les Tuniques Bleues avec ce tome.

À qui s’adresse ce livre ?

Cet album s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent les Tuniques Bleues depuis longtemps et retrouveront ici la mécanique attendue, servie par une idée de départ plus originale que la moyenne des derniers tomes. Il conviendra aussi très bien aux enfants à partir de neuf ou dix ans, notamment ceux que les animaux intéressent davantage que les batailles, ainsi qu'aux amateurs d'histoire militaire curieux des petites anecdotes vraies de la guerre de Sécession. Les lecteurs qui découvriraient la série auraient en revanche intérêt à commencer par un titre plus emblématique, et ceux qui attendent d'une bande dessinée sur cette guerre un regard grave ou documenté au sens strict devront regarder ailleurs: on reste ici dans la comédie de caserne, avec ses conventions et son rythme de gags.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.