
Schtroumpf vert et vert Schtroumpf
- AuteurPeyo
- AuteurYvan Delporte
- Première publication
- 1973
- Éditions référencées
- 1
De quoi parle ce livre ?
Au cœur de la forêt, le village schtroumpf coule des jours paisibles, jusqu'à ce qu'une broutille précipite toute la communauté dans la discorde. Tout part d'une question de langage: dans une expression, faut-il placer le mot « schtroumpf » avant ou après l'autre terme, dire « schtroumpf vert » ou « vert schtroumpf »? Là où les Schtroumpfs du Nord tranchent d'une façon, ceux du Sud tranchent de l'autre, et chaque camp tient sa manière pour la seule correcte. Ce qui n'était qu'une divergence de tournure vire à la moquerie, puis à la vexation, puis à l'invective. Le village se scinde en deux clans qui ne se comprennent plus et refusent bientôt de s'adresser la parole. Le Grand Schtroumpf assiste, d'abord incrédule puis débordé, à la montée d'une querelle qu'aucun argument raisonnable ne parvient à désamorcer. Peyo installe ainsi, avec une belle économie de moyens, les ingrédients d'une guerre civile née de presque rien. Tout l'album tient dans une interrogation qui résonne bien au-delà du village bleu: jusqu'où une différence infime peut-elle dresser les uns contre les autres ceux qui, la veille encore, vivaient comme des frères?
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Schtroumpf vert et vert Schtroumpf: la petite guerre du langage
Neuvième album de la série, paru chez Dupuis en 1973, Schtroumpf vert et vert Schtroumpf occupe une place à part dans l'œuvre de Peyo. L'aventure se joue cette fois à l'intérieur même de la communauté: son moteur n'est pas une menace venue du dehors mais un simple mot, une querelle de langage qui divise le village de part en part. Le sorcier Gargamel, l'ennemi récurrent, n'intervient qu'au dénouement, lorsque le Grand Schtroumpf, à court de solutions, emprunte son apparence pour raviver chez les siens la peur d'un adversaire commun et tenter de les réconcilier. Peyo prend au sérieux la langue farfelue qu'il a forgée pour ses petits personnages bleus et la transforme en champ de bataille. De cette idée minuscule il tire une fable sur l'intolérance et sur l'engrenage des conflits, dont la légèreté apparente masque une lucidité assez grinçante sur les mécanismes de la division. C'est l'un des albums les plus commentés de la série, précisément parce qu'il déborde le simple divertissement enfantin.
La construction repose sur un principe d'escalade méthodique. Peyo part d'un désaccord infime, presque imperceptible, puis l'amplifie palier par palier: la remarque devient moquerie, la moquerie devient insulte, l'insulte devient coup, et le village glisse peu à peu dans une logique de camps retranchés. Cette mécanique de l'engrenage, où chaque représaille appelle la suivante, fait à la fois l'efficacité comique de l'album et sa portée démonstrative. Le lecteur rit de l'absurdité de la querelle tout en reconnaissant le schéma de bien des conflits réels.
Le cœur du livre tient dans son matériau linguistique. Le fameux parler schtroumpf, où le mot passe-partout se substitue à n'importe quel terme, cesse d'être un simple gag récurrent pour devenir le sujet même de l'histoire. Peyo joue avec une virtuosité réjouissante sur les glissements de sens, les quiproquos et l'impossibilité soudaine de se comprendre entre voisins qui parlent pourtant la même langue. La satire vise les conflits communautaires et linguistiques, et l'on a souvent lu dans cette opposition du Nord et du Sud une allusion aux tensions belges entre Flamands et Wallons. Le propos déborde toutefois ce cadre local: il vaut pour toutes les frontières que les hommes tracent à partir de différences dérisoires, et garde de ce fait une actualité intacte.
Graphiquement, l'album s'inscrit dans la tradition du journal Spirou et de l'école de Marcinelle. Le trait de Peyo est rond, souple et parfaitement lisible, au service d'un burlesque de gestes et d'expressions. La mise en scène des empoignades collectives, des visages fermés et des postures butées fait passer le rire comme le dépit sans qu'un long discours soit nécessaire. Le découpage, clair et rythmé, épouse la montée de la tension et sait ménager ses effets, du premier sourire narquois jusqu'aux grandes bagarres de foule. On retrouve là le savoir-faire d'un auteur capable de rendre visible, d'un simple froncement de sourcil, l'entêtement et la mauvaise foi.
Notre verdictSchtroumpf vert et vert Schtroumpf est bien plus qu'un album supplémentaire dans la série: c'est l'un de ceux où Peyo pousse le plus loin l'ambition satirique de ses petits personnages bleus. En transformant une question de langage en cause de guerre civile, il signe une fable brillante sur l'engrenage de l'intolérance, drôle en surface et grave en profondeur. La réussite tient à un équilibre rare entre le comique de situation, une inventivité verbale jubilatoire et un dessin rond et expressif hérité de la meilleure tradition du journal Spirou. Certes, la démonstration se laisse parfois trop lire à l'avance et les personnages se fondent dans la masse du village, mais ces réserves pèsent peu face à un propos qui n'a rien perdu de son actualité. Un classique qui amuse les enfants et fait réfléchir les grands, chaudement recommandé et aussi savoureux aujourd'hui qu'à sa parution.
Points forts
- Une idée satirique d'une redoutable justesseFaire naître une guerre civile d'une pure question de tournure de phrase est une trouvaille aussi drôle qu'intelligente. Peyo rend limpide, pour un enfant comme pour un adulte, l'absurdité des conflits fondés sur des différences infimes. La fable fonctionne sur deux plans: divertissement immédiat en surface, réflexion sur l'intolérance en profondeur.
- Le parler schtroumpf porté à son sommetCe qui n'était le plus souvent qu'un ressort comique d'appoint devient ici le moteur central du récit. Peyo exploite toutes les ressources de sa langue inventée, ses ambiguïtés et ses quiproquos, avec une inventivité verbale qui fait le régal de la lecture à voix haute et donne à l'album une saveur unique dans la série.
- Un dessin rond et expressifFidèle à la tradition du journal Spirou, le trait de Peyo est dynamique, lisible et chaleureux. Les scènes de foule, les mimiques butées et les gesticulations rendent la montée de la colère parfaitement tangible. L'efficacité du découpage soutient le rythme comique sans jamais alourdir la page.
- Une lecture ouverte à tous les âgesL'album amuse les plus jeunes par ses chamailleries et ses batailles rangées, tout en offrant aux adultes une lecture politique et morale restée étonnamment pertinente. Cette double adresse, marque des grandes réussites de la bande dessinée franco-belge, assure à l'ouvrage une belle longévité.
Réserves
- Un propos parfois démonstratifLa leçon sur l'absurdité des querelles est si nettement construite qu'elle finit par se laisser deviner. Le lecteur adulte pressent assez tôt où l'auteur veut le mener, et la mécanique de l'engrenage, très maîtrisée, laisse peu de place à la surprise ou à la nuance dans le tracé du message.
- Des personnages fondus dans le collectifL'histoire étant celle d'une communauté qui se divise, les Schtroumpfs y agissent surtout en masse. Hormis le Grand Schtroumpf, peu de figures se détachent avec une véritable individualité, ce qui prive le récit de l'attachement que procurent d'ordinaire les caractères bien typés de la série.
- Un ressort verbal qui peut lasserLe jeu permanent sur le parler schtroumpf fait tout le sel de l'album, mais son insistance peut fatiguer les lecteurs les moins réceptifs à ce type d'humour. La répétition du procédé, page après page, demande une certaine complicité pour être pleinement savourée.
À qui s’adresse ce livre ?
L'album s'adresse d'abord aux enfants à partir de sept ou huit ans, qui goûteront les chamailleries, les grimaces et les batailles générales du village bleu, ainsi qu'aux familles en quête d'une lecture partagée entre générations. Il comblera les amateurs de bande dessinée franco-belge et les fidèles des Schtroumpfs, curieux de retrouver l'un des opus les plus singuliers de la série. Les lecteurs adultes y trouveront une satire politique et sociale accessible mais loin d'être naïve, sur le communautarisme et l'intolérance. L'ouvrage constitue enfin un support précieux en classe: enseignants et éducateurs peuvent s'en servir pour aborder, de façon ludique, la question des conflits linguistiques, du vivre-ensemble et de la manière dont de petites différences finissent par dégénérer.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Schtroumpf vert et vert Schtroumpf, tome 9 | Dupuis | Autre · 45 p. | 978-2-8001-0324-2 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.