De quoi parle ce livre ?
Soixante-dix-septième tome de One Piece, paru en France chez Glénat le 18 novembre 2015, ce volume rassemble les chapitres 764 à 775 et constitue la huitième étape de l'arc Dressrosa, entamé au tome 70. L'île est à feu et à sang, mais Eiichirō Oda commence par suspendre le présent pour dérouler jusqu'à son terme le retour en arrière qui explique pourquoi Trafalgar Law s'est juré d'abattre Doflamingo. On y suit l'enfance de Law, son passage par l'île Minion, dite l'île du destin, et surtout sa rencontre avec Corazon, ce membre de la Family de Doflamingo que l'enfant surnommera Cora. Les terribles événements survenus treize ans plus tôt y reviennent en détail, et le mot qui donne son titre au volume, Smile, intitule aussi l'un de ces chapitres. Le présent reprend ensuite ses droits : la bataille de Dressrosa continue de gagner en intensité, portée par Bellamy, par Don Sai, commandant en chef de la Marine des huit trésors, et par Léo, chef des guerriers Tontatta. En couverture, Doflamingo pose au milieu de toute sa Family.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Treize ans plus tôt : le tome qui donne un passé à la haine de Law
Alors que la bataille de Dressrosa dure depuis sept volumes et que l'île entière est en train de basculer, Oda ouvre son tome en coupant le son du présent : cinq chapitres durant, il déroule un retour en arrière de treize ans. Le geste n'a rien d'évident dans une série prépubliée chaque semaine dans le Weekly Shonen Jump, où chaque chapitre doit tenir seul devant le lecteur avant d'être relié en tankobon, et il l'est moins encore dans un arc qui compte déjà des dizaines de combattants répartis sur plusieurs fronts. C'est ce déplacement du centre de gravité, et la façon dont la lecture reliée le rend enfin lisible d'un bloc, qui fait l'intérêt de ce tome 77.
Le volume se lit en deux blocs nettement contrastés. Le premier prolonge la rétrospective amorcée au tome précédent et la mène à son terme, du « Monstre blanc » à « Appuyer sur la détente », en passant par « Minion, l'île du destin », « Smile » et « Cora ». Oda y ralentit tout. Les cases s'élargissent, les dialogues se raréfient, le noir et le blanc cessent d'être un simple partage de valeurs pour devenir un climat, et le récit accepte de rester sur des visages plutôt que sur des coups. Le second bloc rebranche le présent de Dressrosa et retrouve le régime ordinaire de l'arc, fronts multiples, entrées en scène tonitruantes, comique de castagne : « Bellamy le pirate », « Don Sai, commandant en chef de la Marine des huit trésors », « Léo, chef des guerriers Tontatta ».
Cette alternance produit un effet que la prépublication hebdomadaire rendait presque invisible. Semaine après semaine, un retour en arrière de cette ampleur au beau milieu d'une bataille générale pouvait passer pour un freinage, chaque chute étant séparée de sa suite par sept jours d'attente. Le tankobon ne déplace pas une seule page, la pagination est celle du magazine, mais il supprime ce silence, et l'ensemble se referme d'un coup : le passé n'est pas une parenthèse, c'est le moteur. La haine de Law envers Doflamingo cesse d'être une donnée de scénario pour devenir une histoire, avec ses causes, ses dettes et son enfant.
Graphiquement, le contraste est tout aussi net. Le présent de Dressrosa tient dans des pages denses, saturées de silhouettes, de trames et d'effets de vitesse, dans cette caricature élastique où les corps se déforment sans jamais perdre leur lisibilité. Le passé mise au contraire sur des compositions plus aérées et des aplats de noir francs, avec une économie de décor qui laisse aux figures le soin de porter l'émotion. Oda n'est pas un virtuose du réalisme et ne cherche pas à l'être : sa force est dans le placement des plans, dans l'art de savoir quand couper, quand tenir un regard une case de trop, quand laisser un gag désamorcer une scène devenue trop lourde. Tenir ce sens du rythme sur douze chapitres conçus pour être lus séparément n'est pas la moindre performance du volume.
Sur le plan dramaturgique, le tome opère un déplacement discret mais décisif. Jusque-là, Doflamingo valait surtout par sa puissance et par son emprise sur l'île. Il gagne ici une place dans une histoire de famille, et un mot, Smile, qui intitule à la fois l'un des chapitres du retour en arrière et le volume entier. La couverture, où le maître de Dressrosa pose au milieu de toute sa Family, prend après coup une ironie assez noire : le sourire qu'on y affiche ne se regarde plus de la même façon une fois la dernière page tournée.
Reste la question de la place dans l'arc. Ce tome ne conclut rien, ni l'affrontement avec Doflamingo, ni les combats en cours dans les rues de la ville, ni celui des Tontatta. C'est un volume de bascule, qui charge émotionnellement la confrontation à venir et, du même mouvement, en repousse l'échéance. Oda assume ce paradoxe et le tient sur douze chapitres, ce qui est déjà beaucoup demander à un lectorat d'hebdomadaire. C'est aussi ce qui en fait l'un des points hauts d'un arc que l'on accuse ailleurs, non sans raison, de tirer en longueur.
Notre verdictUn volume charnière, et l'un des mieux construits de tout l'arc Dressrosa. En choisissant de suspendre la bataille cinq chapitres durant pour mener jusqu'au bout le passé de Law et de Corazon, Oda prend le risque d'irriter le lecteur pressé, et il gagne son pari : le présent, quand il revient avec Bellamy, Don Sai et Léo, ne pèse plus le même poids. Le découpage y est plus tenu qu'à l'ordinaire, le dessin plus économe là où il faut, la dramaturgie enfin alignée sur ce qui se joue. On peut lui reprocher de ne rien conclure et de dépendre entièrement des tomes qui le précèdent, ce qui reste la loi du genre. Mais pour qui suit la série, ce tome 77 fait partie de ceux que l'on relit, et son titre, une fois la dernière page tournée, ne se lit plus du tout de la même façon.
Points forts
- Un passé qui donne enfin son poids au présentLa rétrospective ne se contente pas d'expliquer une rancune, elle réorganise l'arc entier. Ce que le lecteur prenait pour un affrontement de pouvoirs entre Law et Doflamingo devient une affaire de dette et de famille. Quand le présent de Dressrosa reprend, à mi-volume, il ne se lit plus de la même façon.
- Le tome relié révèle une construction pensée sur la duréeCe qui, en prépublication, pouvait ressembler à un long freinage se lit ici d'un bloc cohérent. Le format relié est clairement le meilleur pour ce volume précis: le basculement du passé vers le présent produit son effet parce qu'aucune semaine d'attente ne vient l'interrompre.
- Un contrepoint présent bien doséLe retour à Dressrosa évite la relance mécanique. Bellamy, Don Sai à la tête de la Marine des huit trésors et Léo chez les guerriers Tontatta apportent chacun un registre distinct, entre bravade, comique de troupe et vaillance minuscule, ce qui aère immédiatement après la gravité des chapitres qui précèdent.
Réserves
- Un volume qui ne se lit pas seulPris isolément, le tome est presque opaque pour un nouveau venu: il suppose acquis l'état de l'île, la carte des alliances et une bonne partie des combats en cours. C'est la loi du tome de shonen au long cours, mais elle est ici particulièrement stricte.
- Le présent de Dressrosa reste éparpilléDès le retour au temps présent, le récit repart dans plusieurs directions simultanées et doit sauter d'un front à l'autre, au prix de quelques transitions abruptes. La clarté remarquable de la partie rétrospective rend ce contraste d'autant plus sensible.
- Des renforts qui arrivent bien tardL'arc continue d'ajouter des combattants et des factions alors qu'il court depuis sept volumes. Certaines de ces entrées en scène, aussi plaisantes soient-elles, donnent le sentiment d'un récit qui s'élargit encore au lieu de commencer à se resserrer.
À qui s’adresse ce livre ?
Le tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série depuis l'entrée dans le Nouveau Monde et qui ont les tomes 70 à 76 en main : sans eux, la moitié des enjeux du présent reste illisible. C'est aussi, paradoxalement, l'un des volumes que l'on tend le plus volontiers à un curieux qui reproche à One Piece son bruit permanent, tant la partie rétrospective montre ce que la série sait faire quand elle baisse la voix. Les amateurs de shonen d'action pure, venus pour les combats, trouveront un début de tome moins nerveux que les précédents et devront accepter d'attendre. Les lecteurs sensibles aux récits d'enfance abîmée y trouveront au contraire le cœur de l'arc. Convient aux adolescents comme aux adultes, avec la violence et la cruauté propres à cette saga.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
Aucune édition référencée pour cette œuvre.
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.