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MangaLangue d’origine : Japonais

Successeurs

Première publication
2003
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Seizième tome chez Glénat, ce tankobon réunit les chapitres 137 à 145, au cœur de l'arc de l'île de Drum, escale hivernale de la saga Alabasta. Nami, gravement malade, doit être portée jusqu'au château perché au sommet des pics, où vivrait le seul médecin de l'île. Le volume s'ouvre sur une avalanche : Sanji se sacrifie pour protéger Luffy et Nami, et le capitaine, attaqué en route par l'ancien roi Wapol puis secouru par les lapins des neiges, doit hisser seul ses deux compagnons jusqu'en haut. Là les attendent le docteur Kureha, vieille femme goguenarde, et son étrange assistant : Tony-Tony Chopper, renne au nez bleu doué de facultés humaines, dont la parole, depuis qu'il a mangé le fruit de l'humain. Tandis que Wapol tente de reprendre son château, défendu par Kureha et Chopper au nom d'un ami disparu, un long retour en arrière remonte six ans plus tôt : la rencontre du petit renne et du docteur Hiluluk, guérisseur que l'île tient pour un charlatan, la quête d'un remède, puis le piège du tyran et la fin qu'Hiluluk se donne. Le tome bascule de l'aventure au récit des origines et se referme sur Chopper demandant à Kureha de lui enseigner la médecine.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Neuf chapitres pour faire naître Chopper

Le seizième tome tombe à un moment délicat de la série : l'équipage a mis le cap sur Alabasta et se retrouve immobilisé sur une île gelée dont le lecteur ignorait tout, le temps de soigner Nami. Oda s'y autorise un détour de neuf chapitres, dont la seconde moitié bascule dans le passé d'un personnage introduit dans ce volume même. Le pari n'a rien d'évident dans un hebdomadaire où chaque chapitre doit tenir seul. C'est pourtant ce déséquilibre assumé qui fait la valeur du tome : après une ouverture d'action pure, l'ascension du pic sous l'avalanche, le récit abandonne son présent et son héros pour raconter la vie d'un médecin que personne ne prenait au sérieux.

Le découpage tient en deux masses inégales. La première, brève, relève du registre habituel de la série : une avalanche, un ancien roi grotesque lancé à leur poursuite, une horde de lapins des neiges, et Luffy réduit à une seule fonction, monter. Oda y tire un parti remarquable du noir et blanc. La neige vide les planches, les trames se raréfient, et le blanc de la page devient l'adversaire réel, plus menaçant que Wapol. La seconde masse, bien plus longue, est un retour en arrière dont l'équipage est absent. Le changement de régime est franc et l'auteur ne cherche pas à l'adoucir.

C'est là que ce tome se sépare de ses voisins. La série avait déjà pratiqué le récit rétrospectif, mais rarement aussi longtemps, et jamais sur un personnage apparu trois chapitres plus tôt. Le pari consiste à faire porter le poids émotionnel de tout l'arc par un renne au nez bleu d'abord introduit sur le mode du comique animalier. Oda le gagne en jouant du contraste : plus Chopper est ridicule au présent, plus son passé pèse. Le dessin tient les deux régimes sans se contredire, avec les mêmes rondeurs et les mêmes yeux immenses pour la farce et pour le deuil, et c'est cette continuité graphique qui empêche le basculement de sonner faux.

Reste la contrainte du format. Prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, ces chapitres devaient chacun ménager leur effet de fin, et rassemblés en volume ces effets s'additionnent : le mélodrame se fait par moments insistant, souligné une fois de trop. Le tome ne résout rien de son présent, ce qui est la règle d'un tankobon au milieu d'un arc, mais il installe autre chose, plus décisif : une figure morte, une promesse en suspens et un apprenti qui vient de choisir son métier.

Notre verdictSeizième étape d'un récit qui en compte des dizaines, ce tome vaut moins par ce qu'il accomplit que par ce qu'il fonde. Neuf chapitres suffisent à faire passer Tony-Tony Chopper du gag animalier au personnage tragique, et à donner à l'arc de Drum un enjeu qui n'était pas là au volume précédent. La première partie, l'ascension sous la neige, est un morceau de mise en page presque muet, où le blanc fait tout le travail. La seconde, plus appuyée dans ses effets, tient malgré tout par la cohérence de son dessin et par le refus d'atténuer ce qu'elle raconte. On lui reprochera de laisser l'équipage sur la touche et de forcer un peu le trait dans ses dernières pages, mais ce sont les défauts d'un volume qui a choisi son sujet et s'y tient. Parmi les tomes de la saga Alabasta, c'est l'un de ceux dont on se souvient.

Points forts

  • Un retour en arrière qui justifie tout le détourLes chapitres consacrés à Hiluluk transforment une escale de soin en récit autonome. Le lecteur y trouve un personnage complet, sa croyance obstinée dans une médecine que l'île tient pour du charlatanisme, et la manière dont un petit renne rejeté par les siens s'attache à lui. C'est la matière la plus dense du volume.
  • La neige traitée comme une matière graphiqueDans la première partie, Oda laisse la page se vider. Les grandes surfaces blanches, les silhouettes minuscules dans la pente, l'absence de décor autour des personnages: le noir et blanc sert directement la dramaturgie de l'ascension, sans qu'aucune réplique ait besoin de dire l'épuisement.
  • Kureha, contrepoids exact d'un récit qui s'assombritLa vieille femme installe une insolence continue qui empêche le volume de s'enfoncer dans le pathos. Son autorité de praticienne et son humour acide donnent au château un ton propre, distinct à la fois de la farce de Wapol et de la gravité du passé raconté.
  • Un volume qui assume de mettre son héros de côtéLuffy grimpe, puis s'efface. Confier un tome entier à deux personnages inconnus au volume précédent est un choix risqué dans un shonen porté par son capitaine, et l'arc y gagne une profondeur que l'action seule n'aurait pas produite.

Réserves

  • Un équipage réduit à l'état de spectateurSanji est hors jeu dès l'avalanche, Nami alitée, et le reste de la troupe attend en contrebas. Qui vient chercher ici l'équipage au complet et ses combats trouvera un volume presque entièrement occupé par d'autres, l'essentiel de l'action tenant dans ses tout premiers chapitres.
  • Des effets de chapitre qui s'additionnentLe rythme hebdomadaire impose une relance forte toutes les vingt pages. Lu d'une traite, le retour en arrière multiplie les gros plans larmoyants et les répliques de conclusion, et appuie parfois ce qu'une seule image suffisait à faire comprendre.
  • Un tome peu autonomeIl commence en pleine ascension et se referme en pleine crise, sans le moindre point d'appui pour qui n'aurait pas lu les volumes précédents. C'est la condition d'un récit au long cours, mais elle rend ce tankobon illisible isolément.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce volume s'adresse aux lecteurs déjà engagés dans la série, qui la suivent depuis les premiers tomes et acceptent qu'un arc s'interrompe pour raconter un mort. C'est aussi le tome à mettre entre les mains de ceux qui croyaient One Piece cantonné à la farce et au combat : le registre du récit d'origine tragique, que la série reprendra bien des fois, s'installe ici pour de bon. Les jeunes lecteurs y trouveront un personnage animalier immédiatement attachant, mais aussi un suicide raconté sans détour et un chagrin d'enfant traité frontalement, ce dont il vaut mieux avoir conscience. Comme tout tankobon, il se lit dans le sens japonais, de droite à gauche, et suppose de prendre la série là où elle en est, jamais à ce volume.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.