De quoi parle ce livre ?
Soixante-cinquième tankôbon de la série, Table rase réunit les chapitres 637 à 646, prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, et poursuit sans transition la cinquième partie de l'arc Île des Hommes-Poissons. Sous la mer, l'équipage de Chapeau de paille tente d'empêcher Hody Jones, capitaine du nouvel équipage des hommes-poissons, de s'emparer de l'île. Luffy affronte son adversaire dans l'eau, terrain où l'homme-poisson est chez lui, tandis que la princesse Shirahoshi s'éloigne du royaume de Ryûgû pour entraîner loin de lui l'arche antique Noah, lancée à ses trousses par Vander Decken IX. Le volume tient plusieurs fronts à la fois : la course de Decken, les duels du reste de l'équipage contre les lieutenants de Hody (Dosun, Zeo, Daruma, Ikaros Much et Hyozo) et contre le gigantesque Wadatsumi, l'intervention des trois princes de Ryûgû, enfin une manœuvre désespérée pour envelopper l'arche d'une bulle d'air. Au cœur du duel, un geste de Hody rend la chute de Noah irréversible et met en péril l'existence même de l'île des hommes-poissons, tandis qu'un bref retour en arrière éclaire ce qui a nourri sa haine. Paru chez Glénat le 2 janvier 2013.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
Dix chapitres sous une arche qui tombe
Cinquième tranche de l'arc Île des Hommes-Poissons, ce tome 65 ne prend pas la peine de rouvrir une porte : il continue une phrase commencée ailleurs. Sa couverture, qui aligne Luffy face à Hody Jones, Fukaboshi, Vander Decken IX, Wadatsumi et les cinq lieutenants du nouvel équipage des hommes-poissons, annonce honnêtement le programme. Dix chapitres, une bataille, et au-dessus des têtes une masse de bois antique qui descend vers le royaume sous-marin. Le titre français est celui du chapitre 644, dont l'original japonais signifie « à zéro » : c'est le régime du volume, celui du solde de tout compte.
Le découpage repose sur un principe simple : tout ce qui se passe est simultané. Oda tresse le duel principal, Luffy contre Hody dans l'eau puis sur l'arche, avec les combats laissés en suspens sur l'île, et il tient les deux niveaux par un seul élément, la descente de Noah. C'est ce qui sépare ce volume des tomes de bataille interchangeables : la menace n'est pas latérale, elle est verticale. Elle occupe le haut des cases, elle gagne du terrain à chaque planche, et comme la lecture va de droite à gauche, cette poussée du haut vers le bas coupe l'axe du récit au lieu de l'accompagner.
Le rythme s'en ressent, dans les deux sens. Le tome est presque intégralement en action, avec un seul temps mort, ce retour en arrière sur le passé de Hody placé à mi-volume, qui arrive au moment exact où la mécanique menaçait de tourner à vide. C'est bref, c'est bien situé, et cela ne cherche ni à absoudre l'adversaire ni à le grandir : cela le situe, puis referme. Mais dix chapitres de combat continu produisent aussi une saturation, et les duels de Brook, Franky, Usopp ou Chopper, réglés en quelques planches chacun, se lisent moins comme des scènes que comme des comptes à solder avant la fin de l'arc.
Graphiquement, le milieu sous-marin est une aubaine. En noir et blanc, l'eau fournit à Oda des masses sombres, des trames de profondeur, des corps qui flottent au lieu de courir et, surtout, la possibilité de composer en hauteur. Les planches les plus fortes du volume sont des planches d'échelle : la coque de Noah au-dessus de silhouettes minuscules, la bulle d'air lancée en dernier recours, le vide sous les personnages. À l'opposé, le dopage aux stéroïdes déforme les hommes-poissons et donne des cases franchement grotesques, mâchoires élargies et muscles gonflés, qui rappellent que le difforme appartient au répertoire de la série autant que l'héroïque.
La dramaturgie tient à un glissement : l'antagoniste cesse peu à peu d'être un personnage pour devenir un objet. Hody reste au centre du duel, mais l'urgence se déplace vers ce qui tombe, et l'enjeu passe de l'affrontement singulier au sauvetage collectif. Le volume trouve là sa meilleure idée : on ne gagne pas contre une arche, on la retarde. Côté héros, la progression de Luffy est marquée sans être commentée, par une attaque neuve, le Red Hawk, qui associe le Fluide à l'élasticité de son fruit du démon et que le récit dédie à la mémoire de son frère, manière discrète de rattacher ce tome à la saga précédente.
Quant à sa place dans l'arc, elle est plus retorse qu'il n'y paraît. Ce n'est pas un tome qui laisse tout en plan : les duels s'y achèvent, les adversaires y tombent, et le lecteur de shonen attend la respiration qui suit d'ordinaire la victoire. Elle ne vient pas. Les ennemis sont vaincus et la menace reste entière, ce qui vaut mieux qu'un simple arrêt en pleine phrase, puisque la victoire elle-même s'en trouve dévaluée. Reste qu'aucune entrée n'est ménagée : la galerie de seconds rôles et la densité de noms propres supposent les tomes précédents encore frais en mémoire.
Notre verdictTable rase est un bon tome de bataille parce qu'il a compris qu'une bataille seule ne suffit pas. En suspendant une arche antique au-dessus de son champ de ruines, Oda donne à dix chapitres d'affrontement une colonne vertébrale visuelle et transforme un empilement de duels en compte à rebours. Le dessin y gagne ses meilleures planches, jouées sur l'échelle et sur la verticalité, et le bref retour en arrière consacré à Hody tombe quand le lecteur en a besoin. La trouvaille du volume tient dans sa dernière page : tous les adversaires sont à terre, et rien n'est sauvé. Restent les limites de l'arc, un antagoniste sans relief et des combats secondaires liquidés à la hâte, qui empêchent ce tome d'atteindre les sommets de la série. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit chargée de faire monter la pression avant le dénouement, il fait son travail, et il le fait avec de l'ampleur.
Points forts
- Une menace unique qui tient tout le volumeLa descente de Noah donne au tome ce qui manque souvent aux volumes de pleine bataille: un compte à rebours visible. Chaque scène, y compris les duels secondaires, se lit par rapport à cette masse qui approche, ce qui évite l'effet de catalogue et maintient la tension d'une planche à l'autre.
- Le parti pris graphique du sous-marinLe combat dans l'eau change la physique du dessin: corps suspendus, trajectoires courbes, masses noires et trames de profondeur. Oda compose en hauteur, joue des rapports d'échelle entre l'arche et les silhouettes, et signe là quelques-unes des planches les plus impressionnantes de l'arc.
- Des combats gagnés qui ne règlent rienLe volume s'achève sur des adversaires à terre et un danger inchangé. Refuser au lecteur la détente qui suit d'ordinaire la victoire est un choix de construction payant: il déplace l'enjeu du duel vers la survie de l'île et donne au tome une fin de mouvement, pas une simple coupure.
Réserves
- Un antagoniste qui reste sur une seule noteHody Jones fonctionne davantage comme moteur de destruction que comme personnage. Le retour en arrière explique sa haine sans la nuancer, et ses lieutenants, dopés et bruyants, n'existent guère que par leur gabarit. Face à la galerie d'adversaires mémorables de la série, le casting de cet arc reste pâle.
- Des combats secondaires expédiésLes duels de l'équipage sur l'île sont réglés en quelques planches chacun, glissés entre deux pages du duel principal. On y sent la nécessité de solder les comptes avant la fin de l'arc plus que le désir de raconter ces affrontements, et certains adversaires disparaissent sans avoir jamais vraiment existé.
- Aucune porte d'entréeLe tome commence en pleine phrase et ne récapitule rien. Personnages, lieux et enjeux sont supposés connus, et la densité de noms propres suppose une lecture récente des tomes 61 à 64. C'est l'usage du tankôbon au long cours, mais il est ici appliqué sans le moindre rappel.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce volume s'adresse d'abord aux lecteurs déjà engagés dans l'arc Île des Hommes-Poissons, ceux qui ont les tomes 61 à 64 en mémoire et attendent que la bataille se dénoue. Il conviendra aux amateurs de shonen d'action qui aiment les fins d'arc à plusieurs fronts, les combats à grande échelle et les mises en scène de catastrophe imminente. Les lecteurs qui suivent l'édition Glénat tome après tome y trouveront un jalon important de la saga sous-marine. En revanche, ce n'est en aucun cas une porte d'entrée : qui découvre One Piece doit commencer ailleurs, et même un lecteur revenu après une longue pause fera bien de relire le tome précédent avant d'ouvrir celui-ci. Enfin, ceux qui préfèrent dans la série les phases d'exploration, de navigation et d'humour aux enchaînements de combats devront patienter : ici, tout est bataille.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
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Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.