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MangaLangue d’origine : Japonais

Tiens bon !!

Première publication
2002
Éditions référencées
0

De quoi parle ce livre ?

Treizième tome de la série, il couvre les chapitres 109 à 117 et referme l'arc Whisky Peak avant d'ouvrir celui de Little Garden, au sein de la longue saga d'Alabasta. Il s'ouvre sur la fin de la nuit passée à Whisky Peak : Zoro vient à bout de Mr 8, Mr 9 et Miss Wednesday et sort ainsi victorieux du piège tendu par les cent chasseurs de primes de Baroque Works. Surviennent alors Mr 5 et Miss Valentine, chargés d'éliminer ces deux derniers, dont l'identité se dévoile enfin, la princesse Vivi et Igaram, du royaume d'Alabasta, infiltrés dans l'organisation criminelle. Réveillé, Luffy s'en prend à Zoro, qu'il accuse d'avoir frappé des hôtes devenus des amis, avant que Nami ne mette un terme à la querelle. L'équipage accepte alors d'escorter Vivi jusqu'à son pays, que menace un coup d'État. Mr 0, le patron de Baroque Works, est identifié comme Crocodile, membre de l'Ordre des Sept Grands Corsaires. Sur le Vogue Merry, Miss Allsunday propose un Eternal Pose pointant droit sur Alabasta : Luffy refuse l'offre et met le cap sur Little Garden, où l'équipage découvre deux géants, Dorry et Broggy, en duel depuis cent ans.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Tiens bon !!: le tome où One Piece se donne une destination

Neuf chapitres, deux arcs, une charnière : le volume que Glénat publie le 15 octobre 2002 sous le titre Tiens bon !! est un tome de transition, et c'est précisément ce qui le rend intéressant. Il solde une nuit de trahison à Whisky Peak, révèle le vrai visage de deux comparses encombrants, nomme l'adversaire des cent prochains chapitres, puis embarque tout le monde vers une île de géants. On peut y voir un tome bancal. On peut aussi y reconnaître le moment où One Piece cesse d'être une suite d'escales pour devenir un récit qui a une adresse.

Le découpage mérite qu'on s'y arrête. Sur neuf chapitres, cinq achèvent Whisky Peak, un fait la transition en mer, trois ouvrent Little Garden. Le tome ne coïncide donc avec aucune unité narrative : il commence au milieu d'une nuit et s'arrête au moment où un piège se referme. C'est la loi du tankobon, dont le sommaire épouse la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump et non le rythme du volume relié. Oda en tire pourtant un effet réel, puisque le chapitre 113, celui qui donne son titre au tome, en occupe le milieu exact : tout ce qui précède s'y dénoue, tout ce qui suit s'y décide.

La vraie matière du premier bloc n'est pas le combat, expédié dès le chapitre 109 lorsque Zoro vient à bout de Mr 8, Mr 9 et Miss Wednesday, mais la dispute qui suit. Luffy reproche à son second d'avoir frappé des gens qui les avaient accueillis ; Zoro, lui, a vu à l'œuvre des ennemis que son capitaine a manqués. Les deux ont raison, ce qui est à peu près la définition d'une bonne scène de conflit. Oda ne la tranche pas, il la désamorce, en faisant que les coups échangés blessent au passage Mr 5 et Miss Valentine, puis en laissant Nami mettre fin d'autorité à la querelle. Le procédé est commode, et il fonctionne malgré tout, parce qu'il installe une hiérarchie affective de l'équipage sur laquelle la série vivra longtemps.

Le geste le plus lourd de conséquences se joue ailleurs, presque en passant : Mr 0, patron de Baroque Works, est identifié comme Crocodile, membre de l'Ordre des Sept Grands Corsaires. Nommer l'antagoniste sans le montrer change la nature même de la lecture. Jusqu'ici, chaque île apportait son tyran local et se refermait sur lui ; désormais un nom et un lieu, Alabasta, tirent le récit vers l'avant. Vivi devient la passagère qui donne son cap au navire, et le refus de l'Eternal Pose au chapitre 114 dit tout du capitaine : il préfère la route longue, celle qui produit des aventures, à la ligne droite qui les supprime. Profession de foi, ou commodité d'un auteur qui a besoin d'îles avant le désert ; les deux lectures tiennent.

Graphiquement, le tome change deux fois de régime. Whisky Peak se joue de nuit, en cases resserrées, en visages et en noirs appuyés : c'est du dialogue et de la révélation. Little Garden inverse tout, planches ouvertes, points de vue bas, travail d'échelle que le noir et blanc rend spectaculaire. Dorry et Broggy, deux géants qui se livrent le même duel depuis cent ans, offrent à Oda ce qu'il dessine le mieux, la disproportion, le gigantisme à la fois comique et menaçant. On mesure au passage l'économie de son character design : les agents de Baroque Works sont numérotés, chacun réductible à une silhouette et à un gag, ce qui permet d'en aligner beaucoup sans jamais perdre le lecteur.

Un mot enfin sur l'objet. Le volume paraît en français le 15 octobre 2002, à une époque où Glénat imprimait encore la série dans le sens de lecture occidental. Le passage au sens japonais, de droite à gauche, n'intervient qu'au tome 16, les quinze premiers étant ensuite réédités pour s'y conformer, avant une nouvelle traduction décidée en 2013. Le lecteur d'aujourd'hui tient donc une version remise à l'endroit, ce qui n'est pas indifférent quand on juge des compositions pensées pour être parcourues dans l'autre sens.

Notre verdictTiens bon !! n'est pas le tome que l'on relira pour un combat mémorable, ni celui que l'on tendra à quelqu'un qui découvre la série. C'est un tome de bascule, et il assume ce rôle avec une netteté peu commune : neuf chapitres pour solder une nuit de trahison, régler une querelle entre les deux piliers de l'équipage, donner un nom à l'ennemi et une destination au voyage, puis lâcher tout le monde sur une île de géants. Jugé comme fraction de récit, ce qu'il est par nature, il fait son travail et le fait vite, sans un chapitre de trop. Jugé comme volume autonome, il souffre d'un dernier tiers entièrement consacré à l'installation et d'une fin qui n'en est pas une. Le déséquilibre est réel, mais il est payant : c'est d'ici que part la saga d'Alabasta.

Points forts

  • Un chapitre charnière au milieu exact du tomeLe chapitre 113, qui donne son titre au volume, fait pivoter le récit en quelques planches: la querelle s'éteint, l'équipage accepte d'escorter Vivi, le nom de Crocodile tombe. Rien n'est gaspillé, et le tome se lit après coup comme une charnière posée au millimètre entre deux arcs.
  • La première fracture sérieuse de l'équipageVoir Luffy s'en prendre à Zoro n'est pas un gag de plus: les deux piliers du navire s'opposent pour la première fois sur une question morale et non sur une question de force. Oda ose la scène et la joue franchement, jusqu'à intituler le chapitre 112 Luffy versus Zoro, avant de la refermer.
  • Un antagoniste nommé bien avant d'être montréIdentifier Mr 0 comme Crocodile, membre de l'Ordre des Sept Grands Corsaires, alors qu'il reste hors champ, installe une tension à très longue portée. C'est ici que la série se dote d'un horizon au lieu d'enchaîner les escales, et la bascule se sent immédiatement à la lecture.
  • Le sens de l'échelle sur Little GardenLe dernier tiers offre à Oda un terrain de jeu graphique idéal. Les géants Dorry et Broggy et leur duel centenaire donnent des planches ouvertes où le noir et blanc joue de la masse et du vide, en contraste net avec les cases nocturnes de la première moitié.

Réserves

  • Un tome qui se referme sur une porte ouverteLes trois derniers chapitres sont de l'installation pure: on aborde, on découvre, on se fait repérer. Qui achète les tomes un par un termine celui-ci sur un commencement et devra attendre le suivant pour que son dernier tiers prenne son sens.
  • Une réconciliation obtenue par le gagLe conflit entre Luffy et Zoro pose une vraie question, celle de ce que l'on doit à des gens qui vous ont accueilli avant de vous trahir. Elle n'est pas débattue, elle est désamorcée par un accident comique et par l'autorité de Nami. Efficace en rythme, court en dramaturgie.
  • Le moteur du récit confié à une invitéeÀ partir de ce tome, ce sont les besoins de Vivi qui dictent le cap. La formule fonctionne, mais elle met en veilleuse les désirs propres de l'équipage, qui devient pour un temps une escorte plutôt qu'un groupe d'aventuriers poursuivant son propre but.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome ne s'adresse pas à qui découvre la série : il suppose les douze précédents, l'entrée dans Grand Line et la fête empoisonnée de Whisky Peak. Il parlera surtout aux lecteurs déjà installés dans One Piece, et particulièrement à ceux que la mutation du récit intéresse, quand un manga d'aventure à escales se transforme en fresque à objectif lointain. Les amateurs de combats spectaculaires y trouveront moins leur compte que les lecteurs sensibles aux mécaniques de série et à l'art de préparer un adversaire longtemps avant de le montrer. Il se lit enfin nettement mieux en enchaînant sur le tome 14 : ceux qui dévorent par blocs de trois ou quatre volumes en tireront bien plus que ceux qui suivent la parution tome après tome. Le contenu reste du shonen tout public, violence stylisée et humour constant.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.