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Couverture de Tintin en Amérique

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Tintin en Amérique

Première publication
1932
Éditions référencées
4

De quoi parle ce livre ?

« Tintin en Amérique » est le troisième album des « Aventures de Tintin », bande dessinée du dessinateur belge Hergé (Georges Remi). Les planches paraissent d'abord en noir et blanc dans « Le Petit Vingtième », supplément jeunesse du quotidien bruxellois « Le Vingtième Siècle », à partir de 1931, avant une première édition en album, puis une version couleur remaniée en 1945. Le récit conduit le jeune reporter Tintin et son chien Milou aux États-Unis, d'abord à Chicago, puis dans l'Ouest américain. Tintin y affronte la pègre urbaine, incarnée par le gangster Al Capone (personnage réel nommé dans l'album) et par le bandit Bobby Smiles, avant d'être confronté au monde du Far West et aux populations amérindiennes. L'album met en scène plusieurs réalités des États-Unis de l'entre-deux-guerres : le banditisme organisé lié à la Prohibition, la spéculation, l'industrialisation, ainsi que l'expulsion d'Amérindiens chassés de leurs terres après la découverte de pétrole. Il appartient à une période où l'œuvre d'Hergé véhicule des représentations et des stéréotypes propres à son époque.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Tintin en Amérique : le reporter face au Nouveau Monde

Troisième aventure du reporter à la houppe, prépubliée dans Le Petit Vingtième entre 1931 et 1932 puis éditée en album en 1932, Tintin en Amérique occupe une place charnière dans l'oeuvre d'Hergé. Après le brûlot anticommuniste des Soviets et l'imagerie coloniale du Congo, le héros débarque à Chicago pour y affronter la pègre, avant de poursuivre le gangster Bobby Smiles jusque dans l'Ouest. L'angle qui mérite qu'on s'y arrête tient à ce paradoxe : sous les traits encore hésitants d'une bande dessinée de jeunesse affleure déjà une satire de l'Amérique des années folles, de son capitalisme, de ses gangsters et de la dépossession des Indiens, satire qui excède largement la simple mécanique de la course-poursuite.

La construction épouse le principe du feuilleton, mode de création autant que forme narrative : Hergé improvise semaine après semaine, sans plan d'ensemble, et enchaîne des péripéties presque autonomes, chacune close par un rebondissement destiné à ramener le jeune lecteur d'une livraison à l'autre. Il en résulte un récit à deux temps. La première moitié, urbaine, oppose Tintin au monde des gangsters de Chicago, avec l'apparition, rare chez Hergé, d'une figure historique réelle et nommée : Al Capone en personne. La seconde bascule vers l'Ouest, ses plaines, ses puits de pétrole et ses tribus indiennes. Le fil du gangster Bobby Smiles, poursuivi d'un bout à l'autre, assure une continuité minimale et nuance le reproche d'éparpillement, sans toutefois donner à l'ensemble la progression dramatique serrée des albums de la maturité.

Sur le plan graphique, le trait de la version en noir et blanc de 1932 demeure fruste : la ligne claire qui fera la signature d'Hergé n'est pas encore fixée, les décors restent sommaires et le rythme, tributaire de la parution hebdomadaire, verse parfois dans la répétition. La refonte colorisée de 1945, entièrement redessinée, corrige nombre de ces gaucheries, resserre la mise en page et ramène le récit au format canonique de soixante-deux planches. Reste que la mécanique comique fonctionne, elle, d'emblée : gags visuels, chutes de fin de page et poursuites en cascade composent tout un art du mouvement et du minutage que la maturité ne fera qu'affiner.

Sur le plan thématique, l'album vaut mieux que sa réputation d'aventure enfantine. Hergé y croque une Amérique de mécanisation folle : la séquence des abattoirs de Chicago, où une chaîne industrielle transforme le bétail (et manque de transformer Milou) en conserves, tient d'une satire du fordisme dont l'esprit annonce le Chaplin des Temps modernes, film pourtant postérieur de quatre ans. La scène de la ville-champignon, qui surgit en quelques cases sur des terres indiennes aussitôt spoliées dès qu'on y découvre du pétrole, dénonce sans détour la cupidité et l'expropriation : sommés d'évacuer en une demi-heure, les Indiens cèdent la place à une métropole de gratte-ciel poussée en un jour. La foule prompte au lynchage, la corruption des notables, la loi du plus fort, autant de motifs qui donnent à l'ensemble une teinte plus grinçante qu'attendue. Cette charge critique cohabite pourtant avec les stéréotypes de l'époque, notamment dans la représentation caricaturale des Indiens, réduits à une imagerie de western.

Notre verdictTintin en Amérique n'est pas le sommet de la série, loin s'en faut, mais il en constitue un maillon attachant et plus riche qu'il n'y paraît. Album de transition, il conserve les défauts de la jeunesse (trait fruste, scénario en morceaux, clichés d'époque) tout en laissant poindre la verve satirique et le sens du rythme qui feront le grand Hergé. On le lira moins pour sa perfection formelle que pour ce qu'il révèle : la naissance d'un regard, à mi-chemin entre le divertissement pour enfants et la chronique grinçante d'un monde. Un classique imparfait, mais précieux à qui veut comprendre d'où vient Tintin.

Points forts

  • Une satire sociale inattendueDerrière la course-poursuite, Hergé égratigne le capitalisme, le gangstérisme et la spoliation des terres indiennes. La séquence des abattoirs de Chicago et celle de la cité qui jaillit en un jour sur un gisement de pétrole valent par une charge critique rare dans une bande dessinée destinée à la jeunesse de 1932.
  • Un sens du rythme et du gagLa mécanique des rebondissements, héritée de la prépublication hebdomadaire, garantit une lecture nerveuse. Gags visuels, poursuites et chutes de fin de planche relancent sans cesse l'action: l'album ne connaît guère de temps mort et manifeste déjà le minutage comique du futur Hergé.
  • Un jalon dans l'oeuvreL'album saisit un Hergé en train d'apprendre son métier, quittant peu à peu la propagande et l'imagerie coloniale des deux premiers titres pour une observation plus ironique du réel. La confrontation avec Al Capone, figure historique nommée, y constitue un cas unique dans la série.

Réserves

  • Des stéréotypes datésLa représentation des Indiens, comme certaines figures secondaires, reste prisonnière des clichés du western et de son temps. Le poids de ces conventions se lit dans les remaniements ultérieurs: Hergé retoucha plusieurs planches, et l'édition américaine des années 1970 exigea que les personnages noirs soient redessinés en Blancs.
  • Un trait encore immatureDans sa version d'origine en noir et blanc, le dessin est schématique et les décors sommaires: on est loin de la maîtrise graphique des albums de la maturité comme Le Lotus bleu ou Les Bijoux de la Castafiore. La refonte en couleurs de 1945 atténue, sans l'effacer, cette impression de tâtonnement.
  • Un scénario par accumulationMalgré le fil du gangster Bobby Smiles, la structure en saynètes juxtaposées, efficace pour le suspense, nuit à la cohérence d'ensemble: l'intrigue avance par empilement de péripéties plutôt que par une véritable progression dramatique, effet direct de l'improvisation en feuilleton.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce titre s'adresse d'abord aux jeunes lecteurs, à partir de huit ou neuf ans, sensibles à l'aventure et au dépaysement. Mais il intéressera tout autant l'amateur adulte et le tintinophile curieux de la genèse de la série : on y observe pour ainsi dire Hergé avant Hergé, un dessinateur qui cherche encore sa manière. Avec un public jeune, il conviendra d'accompagner la lecture d'une mise en contexte : les stéréotypes de l'album se comprennent mieux, et se discutent, à la lumière de leur époque.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Tintin en AmériqueLes aventures de TintinCASTERMANn.c.Relié · 61 p. · Français978-2-203-00102-2Non renseigné
Tintin en AmeriqueLes aventures de TintinMethuenn.c.Relié · 70 p. · Français978-0-416-62140-2Non renseigné
Tintin en AmériqueLes aventures de TintinCASTERMANn.c.Autre · 122 p. · Français978-2-203-01103-8Non renseigné
Tintin en ameriqueLes aventures de TintinCASTERMANAutre · Français978-2-203-01113-7Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.