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Couverture de Un Gaffeur Sachant Gaffer (Gaston Lagaffe)

Bande dessinée

Un gaffeur sachant gaffer

Première publication
1969
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Septième album de la série Gaston, Un gaffeur sachant gaffer rassemble des gags parus dans le Journal de Spirou, où Franquin avait imaginé, à la fin des années 1950, le plus nonchalant des employés de bureau. Gaston Lagaffe n'exerce aucune fonction identifiable, sinon celle d'esquiver le travail avec une constance imperturbable. Entre deux sommes, il assemble des inventions hasardeuses, mitonne des plats redoutables, héberge un petit bestiaire (un chat, une mouette rieuse, des souris) et fait résonner des instruments de son cru, au grand dam de la rédaction. Autour de lui s'agite une galerie fidèle : le chef de bureau à bout de nerfs, la douce demoiselle Jeanne, l'agent Longtarin toujours prompt à dresser procès-verbal, et l'infortuné De Mesmaeker, dont les contrats ne seront jamais signés. Sans trame continue, l'album aligne des gags autonomes, le plus souvent bouclés en une planche, où la moindre bonne intention de Gaston déclenche un désastre en chaîne. Tout l'esprit de l'école de Marcinelle y circule : un trait rond et vif, un humour tendre et une célébration réjouie de la paresse inventive.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Gaston, virtuose de la gaffe et poète de la paresse

À la fin des années 1960, Gaston Lagaffe est déjà une institution du Journal de Spirou. Avec ce septième recueil, Franquin prolonge une mécanique comique qu'il a portée à un rare degré de maîtrise : faire d'un bureau ordinaire le théâtre permanent d'une catastrophe douce. Rien ne s'y raconte au sens classique, et pourtant chaque page respire. Franquin y règle des mécaniques d'horloger où l'anti-héros le plus attachant de la bande dessinée franco-belge fait la démonstration de son génie involontaire du désastre.

La force de l'album tient d'abord à sa forme. Le gag autonome, bouclé en une planche, impose une horlogerie stricte : une situation, une montée, une chute. Franquin en maîtrise chaque temps et varie les rythmes pour déjouer la monotonie qui guette l'exercice du recueil. Certaines pages enchaînent le pur burlesque, d'autres cultivent l'absurde ou la poésie du raté. Le ressort, lui, ne change pas : Gaston veut bien faire, ou simplement ne rien faire, et le monde s'effondre autour de lui.

Le dessin relève pleinement de l'école de Marcinelle. Le trait est rond, souple, d'une lisibilité parfaite et d'un dynamisme rare. Franquin est un maître du mouvement : une chute, une déflagration, un visage qui se décompose gagnent sous sa plume une énergie que peu d'auteurs ont su atteindre. Les décors fourmillent de détails, les objets paraissent doués d'une volonté propre, et la mise en page exploite l'espace de la planche avec une intelligence constante. Les postures, les regards affolés, l'expressivité des personnages portent une part décisive du comique.

L'humour, lui, superpose les registres. Le burlesque physique domine, mais il s'accompagne d'une satire tendre du monde du travail, d'un éloge de la nonchalance et d'une poésie tranquille du désœuvrement. Gaston n'est jamais méchant : ses catastrophes procèdent de bonnes intentions, d'une curiosité d'enfant ou d'un attachement sincère aux animaux. C'est ce qui hausse la série au-dessus du simple comique de gags et lui confère une épaisseur humaine intacte.

Notre verdictUn gaffeur sachant gaffer confirme, s'il le fallait encore, que Franquin a élevé le gag en une planche au rang d'art véritable. La construction tient de l'horlogerie, le dessin déborde de vitalité, et l'humour garde une tendresse que les époques n'émoussent pas. On pourra regretter l'inégalité naturelle du recueil et une lecture qui gagne à être fractionnée, mais ce sont là des réserves bien légères au regard du plaisir procuré. Ce septième album marque une étape de la série et reste une lecture précieuse pour qui veut saisir la place de Gaston Lagaffe dans l'histoire de la bande dessinée. Un grand livre de rire, à déguster posément.

Points forts

  • Une horlogerie comique impeccableChaque planche s'articule comme un mécanisme de précision: une situation banale, une escalade implacable, une chute réglée au quart de tour. Franquin varie les tempos et les registres, de sorte que la lecture ne s'enlise jamais dans la répétition.
  • Un dessin d'une vitalité rareLe trait rond et souple de l'école de Marcinelle atteint ici une pleine maturité. Franquin excelle dans le mouvement et l'expression: ses personnages semblent en action, ses catastrophes possèdent une énergie physique que peu de dessinateurs ont su égaler.
  • Un humour tendre et intemporelSous le burlesque affleurent une satire douce du salariat et une poésie de la paresse. Gaston ne cède jamais au cynisme, et cette bienveillance donne aux gags une chaleur que le temps n'a pas entamée.

Réserves

  • La rançon du recueilL'absence de fil conducteur est le principe même de la série, mais elle a un revers: lu d'une traite, l'album peut lasser par accumulation. Ces gags se savourent mieux par petites gorgées que d'un seul trait.
  • Une inégalité inhérente au formatComme toute compilation de gags, l'album laisse passer quelques planches moins percutantes. Le niveau d'ensemble demeure très élevé, mais l'exercice de la page unique autorise forcément de menues baisses de régime.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album s'adresse à un public très large, et c'est aussi sa force. Les jeunes lecteurs y trouvent un comique visuel immédiat et un héros farceur auquel s'identifier ; les adultes goûtent la finesse de la satire, la virtuosité du dessin et la tendresse de l'ensemble. Il constitue une porte d'entrée idéale vers l'œuvre de Franquin et vers le patrimoine de la bande dessinée franco-belge. Les fidèles de l'école de Marcinelle et les nostalgiques du Journal de Spirou y retrouveront un classique ; les nouveaux venus comprendront pourquoi Gaston demeure, des décennies plus tard, l'un des personnages les plus aimés du neuvième art. À lire de préférence par courtes séances, seul ou en famille.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Un Gaffeur Sachant Gaffer (Gaston Lagaffe)Editions Dupuisn.c.Autre978-2-8001-0089-0Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.