
Un meurtre est-il facile ?
- AuteurAgatha Christie
- Première publication
- 1939
- Éditions référencées
- 4
- Genres
- PolicierRomanPatrimoine
De quoi parle ce livre ?
"Un meurtre est-il facile?" (titre original "Murder Is Easy") est un roman policier d'Agatha Christie publie en 1939, et non en 1853 comme l'indiquent a tort les metadonnees. Luke Fitzwilliam, ancien policier colonial de retour en Angleterre, partage un compartiment de train avec Lavinia Pinkerton. Cette vieille dame se rend a Scotland Yard pour signaler, dans son village de Wychwood-under-Ashe, une serie de morts qu'elle croit etre des meurtres deguises en accidents, allant jusqu'a nommer la prochaine victime. Peu apres, elle est renversee par une voiture, puis le docteur Humbleby, qu'elle disait menace, decede a son tour. Convaincu, Luke gagne le village sous pretexte d'une enquete sur les superstitions locales. Il y cotoie Bridget Conway, secretaire et fiancee du riche Lord Whitfield (Gordon Ragg), et passe en revue les suspects tandis que s'allonge la liste des victimes (une servante, un jeune garcon, un aubergiste, un medecin). L'enquete revele que la coupable est Honoria Waynflete, notable declassee autrefois fiancee a Whitfield: par rancune, elle commet les meurtres en cherchant a l'en faire accuser. Le denouement voit Bridget echapper de justesse a la mort.
Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.
Que vaut ce livre ?
La banalite du crime au village: relire « Un meurtre est-il facile? »
Publie en 1939 (et non en 1853, date forcement erronee puisque Agatha Christie est nee en 1890), « Un meurtre est-il facile? » occupe une place singuliere dans son oeuvre: ni Hercule Poirot ni Miss Marple n'y menent l'enquete. Le roman merite pourtant qu'on s'y arrete, ne serait-ce que pour son idee maitresse, glissee des les premieres pages par une vieille demoiselle dans un train: tuer devient facile des lors que personne ne vous soupconne. De cette phrase presque anodine, Christie tire un huis clos villageois ou la mort rode sous le masque de l'accident, et pose une question qui deborde le simple divertissement policier.
La construction repose sur un dispositif d'ouverture d'une redoutable efficacite. Dans le train qui le ramene a Londres, Luke Fitzwilliam, ancien policier revenu d'Orient, ecoute d'une oreille distraite Miss Pinkerton lui confier qu'une serie d'accidents survenus dans son village dissimule en realite des meurtres, et qu'elle se rend a Scotland Yard pour les denoncer. Il la prend pour une aimable exaltee. Quand il apprend le lendemain qu'elle a ete renversee par une voiture pres de Whitehall, puis que l'homme qu'elle designait comme prochaine victime vient de succomber, le doute bascule en conviction. Christie enclenche ainsi son intrigue par une culpabilite, celle du temoin qui n'a pas cru: le ressort n'est pas seulement policier, il est moral, et cette dette impossible a solder pousse Luke a l'action bien plus qu'un simple gout de l'enquete.
Le corps du roman adopte ensuite la formule eprouvee de l'enqueteur etranger qui s'installe sous un pretexte (ici une pretendue etude sur les superstitions et la sorcellerie locales) et remonte, deces apres deces, une chaine de morts trop commodes: une servante empoisonnee par de la peinture confondue avec un sirop, un galopin tombe d'une fenetre, un cabaretier noye, un medecin emporte par une septicemie. Le decor est celui, immuable chez Christie, du village anglais (Wychwood-under-Ashe) clos sur ses notables, son manoir, son antiquaire trouble et ses rivalites feutrees. Sous la carte postale, la romanciere installe son motif favori: la respectabilite provinciale comme paravent de la violence.
Le style est sobre, rapide, porte par le dialogue bien plus que par la description. Christie distribue ses fausses pistes avec metier: le seigneur du lieu (Lord Whitfield), persuade qu'une Providence foudroie quiconque le contrarie, l'esthete Ellsworthy verse dans l'occultisme, le jeune medecin jaloux. Chacun offre un mobile plausible, chacun sert a detourner le regard du lecteur.
La force du livre tient toutefois a sa these, presque philosophique: le meurtrier n'est pas un monstre reperable mais un etre place, discret, que la premiere transgression a rendu insatiable. Le titre dit tout, le crime est facile tant qu'il se pare des couleurs de l'ordinaire. La revelation exploite un prejuge tenace, l'idee que le tueur serait forcement un homme, et ramene l'attention vers la figure la moins suspecte du village. L'ironie est savoureuse: cette vieille demoiselle qu'on n'imagine pas capable de nuire est exactement le type que Christie venait de sacrer detective avec Miss Marple. L'invisibilite sociale qui fait la clairvoyance de l'une devient ici l'arme parfaite de l'autre. Superintendent Battle n'apparait qu'au denouement, rappel que le roman flirte avec l'univers policier officiel sans jamais y appartenir tout a fait.
Notre verdict« Un meurtre est-il facile? » n'est pas le sommet de Christie, mais c'est un roman honnete et attachant, porte par une amorce inoubliable et par une idee qui hante: le tueur ordinaire que rien ne trahit. La mecanique de la fausse piste fonctionne, le denouement surprend, et l'atmosphere du village anglais est restituee avec ce metier tranquille qui fait le charme de l'age d'or. On regrettera un enqueteur trop souvent sauve par la chance et une romance expediee, qui empechent le livre d'egaler les grands titres de la romanciere. Reste une lecture ideale pour un apres-midi de pluie: efficace, retorse et plus profonde qu'il n'y parait sous ses dehors de divertissement. Une reussite mineure, mais une vraie reussite.
Points forts
- Une ouverture magistraleLa scene du train, ou Luke ne prend pas au serieux les confidences de Miss Pinkerton avant que la realite ne lui donne brutalement raison, compte parmi les plus memorables amorces de Christie. Elle installe d'emblee la tension et une culpabilite morale qui portent tout le recit.
- Une these qui justifie le titreL'idee que le meurtre devient facile, presque machinal, une fois le premier pas franchi, et qu'il se dissimule derriere le visage le plus respectable, donne au roman une profondeur inattendue. Christie y touche a une intuition sur la banalite du mal, formulee bien avant qu'on ne mette ces mots dessus.
- Un art consomme de la fausse pisteLes leurres (le notable convaincu d'etre protege du Ciel, l'antiquaire occultiste, le medecin jaloux) sont manies avec habilete, et la misdirection sur le sexe du coupable fait mouche: le denouement surprend sans tricher ouvertement avec le lecteur.
Réserves
- Un enqueteur trop chanceuxLuke Fitzwilliam reste un heros assez terne, dont l'investigation avance souvent par coincidences heureuses et intuitions plus que par deduction rigoureuse. Face aux grands limiers de Christie, il manque de relief et d'autorite.
- Une romance expedieeL'idylle entre Luke et Bridget Conway, secretaire et fiancee du maitre des lieux, est conventionnelle et menee tambour battant. Elle sert la mecanique du suspense final mais convainc peu sur le plan des sentiments.
- Un fair-play discutableLa solution repose davantage sur le portrait moral du coupable et sur un prejuge du lecteur que sur un semis serre d'indices materiels, ce qui frustrera les amateurs de pure enigme deductive. Le passe colonial du heros, lui, a nettement vieilli.
À qui s’adresse ce livre ?
Ce roman s'adresse d'abord aux amateurs de « village mystery » de l'age d'or, ceux qui gouttent l'atmosphere feutree de la campagne anglaise, ses notables et ses secrets, autant que la resolution de l'enigme. C'est aussi une lecture ideale pour qui veut decouvrir une Christie hors des series Poirot et Marple: sa nature de roman independant en fait une porte d'entree accessible, sans prerequis. Les lecteurs sensibles a la dimension psychologique du crime, a l'idee du tueur ordinaire et invisible, y trouveront plus de matiere qu'ils ne l'imaginent. En revanche, les puristes en quete de la mecanique d'horlogerie la plus vertigineuse de la romanciere (celle du « Meurtre de Roger Ackroyd » ou des « Dix petits negres ») risquent de juger le clueing un peu lache. Public conseille: lecteurs occasionnels comme fideles de Christie cherchant un divertissement retors et atmospherique plutot qu'un defi purement logique.
Informations sur l’édition
L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.
| Édition | Éditeur | Parution | Format | ISBN | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|---|
| Un meurtre est-il facile ? | Le Livre de Poche | n.c. | Autre · Français | 978-2-253-93951-1 | Non renseigné |
| Un Meurtre est-il facile? | Librairie des Champs-Elysees | n.c. | Autre · Français | 978-2-7024-1448-4 | Non renseigné |
| Un meurtre est-il facile? | Hachette Colletions | n.c. | Autre · Français | 978-2-84634-378-7 | Non renseigné |
| Un meurtre est-il facile? | Librairie des Champs-Elysees | n.c. | Autre · Français | 978-2-253-05132-9 | Non renseigné |
Sources et date de mise à jour
Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.