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MangaLangue d’origine : Japonais

Vers le soleil

Première publication
2013
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Ce tome 66 referme l'arc Île des Hommes-Poissons et s'ouvre dans l'urgence : l'arche Noah menace de s'abattre sur le royaume sous-marin et d'emporter tout ce qui vient d'y être sauvé. Le péril écarté, l'île tire un trait sur ses vieilles rancœurs et choisit de nouer des liens avec les humains, décision que célèbrent plusieurs chapitres de fête et d'adieux. Vient l'heure du départ : l'équipage reprend la mer vers le Nouveau Monde, non sans avoir vu se présenter Pekoms et Delœuf, émissaires de Big Mom. Une voix venue du Nouveau Monde s'invite alors dans le récit, tandis que Smoker et Tashigi reviennent occuper le devant de la scène. Les derniers chapitres basculent dans l'arc Punk Hazard : après une traversée où l'équipage croise un banc de baleines, un appel de détresse le conduit vers une île enflammée, dont l'exploration commence à peine lorsque le volume se referme. Dix chapitres, de 647 à 656, pour clore une escale et en ouvrir une autre.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Un tome charnière, des abysses à l'île en feu

Il existe, dans une série au long cours, des tomes dont la fonction première est de faire passer le lecteur d'un décor à un autre. Le soixante-sixième volume de One Piece est de ceux-là, et il ne s'en cache pas : son titre, « Vers le soleil », désigne moins un lieu qu'un mouvement, celui qui ramène l'équipage des fonds marins vers la surface avant de le pousser plus loin encore, jusqu'à une île en flammes. Reste à savoir ce que vaut un tome dont le vrai sujet est la transition elle-même.

Le découpage est ici d'une franchise presque brutale. Sur les dix chapitres du volume, huit achèvent encore de refermer l'escale sous-marine et d'installer la traversée qui suit ; le nom de Punk Hazard n'apparaît qu'en titre de l'avant-dernier, et l'île enflammée n'est vraiment abordée que dans l'ultime chapitre. Le rendement narratif est faible si l'on juge le volume à ce qu'il fait avancer ; il devient bien meilleur si l'on accepte de le lire pour ce qu'il fait tenir.

La courbe émotionnelle se lit d'ailleurs dans les seuls titres de chapitres. On part d'un impératif d'urgence, « Arrête-toi, Noah ! », on passe par le lyrisme du titre éponyme, « Vers le soleil », on s'attarde sur le burlesque de « La danse des daurades et des soles », puis on redescend vers l'inquiétude avec « Une route semée d'embûches » avant que ne tombe le nom nu de « Punk Hazard ». Cette progression, du cri au festin puis du festin au pressentiment, est le véritable squelette du tome, et elle est menée avec une sûreté de main que l'on remarque d'autant mieux qu'elle ne se donne pas en spectacle.

Le rythme, lui, porte la marque de la prépublication hebdomadaire dans le Weekly Shonen Jump. Les chapitres de banquet et d'adieux fonctionnent très bien à raison d'un par semaine, où ils font office de respiration ; enchaînés d'une traite dans un tankobon, ils créent une zone de basse pression qui s'étire. À l'inverse, les chapitres de transition qui installent les émissaires de Big Mom, la voix venue du Nouveau Monde et le duo Smoker-Tashigi sont exactement le genre de séquences qui gagnent au volume relié : lus à la suite, ils dessinent une carte des forces en présence que la lecture hebdomadaire éparpille.

Graphiquement, le volume tire profit de son propre déménagement. Les planches sous-marines reposaient depuis plusieurs tomes sur des noirs économes, des trames claires et une architecture toute en courbes ; l'arrivée sur l'île enflammée lui rend, dans les dernières pages, les grands aplats noirs, les fumées et les silhouettes découpées à contre-jour. Le contraste n'est pas seulement décoratif, il fait office de signal de lecture : on comprend qu'on a changé de monde avant même qu'on nous le dise, et le noir et blanc y retrouve un mordant que les fonds marins avaient adouci.

Sur le plan dramaturgique, la réussite du tome tient à ce qu'il ne se contente pas de ranger le décor. Le thème de l'arc qui s'achève, la rancœur héritée et la possibilité d'y renoncer, reçoit ici sa réponse plutôt que son classement vertical : l'île choisit, et ce choix est mis en scène comme un événement, non comme une formalité. Dans le même mouvement, le volume plante plusieurs graines dont aucune ne germera avant longtemps. C'est le privilège d'une série qui sait qu'elle a le temps devant elle ; c'est aussi ce qui rend ce tome difficile à évaluer isolément. Il occupe la jointure entre deux sagas, et une jointure ne se juge pas à sa beauté propre mais à la solidité de ce qu'elle tient ensemble.

Notre verdictUn tome de charnière, avec ce que le mot suppose de qualités et de servitudes. Oda règle sa dette envers l'île des hommes-poissons avec plus de soin que ne l'exigeait le simple rangement du décor, puis il entrouvre la porte de Punk Hazard juste assez pour qu'on ait envie de la franchir. Le découpage est net, la courbe émotionnelle bien tenue, le contraste graphique entre les fonds marins et l'île en feu franchement réussi. Reste que le volume ne se suffit pas à lui-même : il vaut par ce qu'il conclut et par ce qu'il prépare, rarement par ce qu'il raconte dans l'instant. C'est la définition même d'un bon tome de transition, et c'est tout aussi bien sa limite. À lire dans la continuité de la série, sans en attendre le vertige des volumes de bataille.

Points forts

  • Une bascule d'arc rendue parfaitement lisibleTitre du volume, séquence des titres de chapitres et répartition des pages racontent tous la même chose: on quitte un monde pour un autre. Le tome assume sa fonction charnière au lieu de la subir, et cette clarté épargne au lecteur le flottement qui accompagne d'ordinaire les fins d'arc.
  • Le contraste graphique entre les fonds marins et l'île en feuAprès plusieurs volumes de planches claires, aérées et courbes, Oda retrouve dans les dernières pages les grands noirs, les fumées et les contre-jours. Le changement de régime visuel accomplit à lui seul le travail d'exposition du nouveau décor, et il redonne du relief à un noir et blanc qui s'était installé dans une douceur un peu cotonneuse.
  • Un épilogue qui répond vraiment au thème de l'arcLa réconciliation de l'île des hommes-poissons avec les humains n'est pas expédiée en deux cases de conclusion. Elle est traitée comme un choix collectif, avec le poids qu'il faut, ce qui donne rétrospectivement du sens aux tomes précédents au lieu de les refermer poliment.

Réserves

  • Le nouvel arc à peine entrouvertLe volume s'arrête au moment précis où il devient passionnant. L'île enflammée tient en une poignée de pages, et l'on repose le tome avec la nette impression d'avoir payé un volume entier pour une bande-annonce. C'est la rançon assumée d'un découpage qui privilégie la clôture propre de l'arc précédent, mais elle se paie comptant.
  • Une zone de basse pression au milieu du volumeLes chapitres de fête et d'adieux, très efficaces à la semaine, s'étirent quand on les lit à la suite. Le comique y est large, parfois répétitif, et l'enjeu dramatique en est absent par construction. Un lecteur pressé y trouvera sans peine le ventre mou du tome.
  • Un tome qui suppose une mémoire longueLes fils lancés ici, les émissaires de Big Mom, la voix venue du Nouveau Monde, le retour de Smoker et Tashigi, ne prennent leur sens que pour qui suit la série de près. Abordé isolément, le volume ressemble à une suite d'annonces sans objet.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord aux lecteurs qui suivent la série volume après volume et qui attendent, depuis plusieurs tomes déjà, de savoir à quoi ressemblera la suite du voyage vers le Nouveau Monde. Ceux-là y trouveront exactement ce qu'ils cherchent : une clôture soignée, un inventaire des forces en présence et une porte qui s'ouvre. Il conviendra également aux amateurs de shonen au long cours curieux de voir comment un auteur négocie une jointure de saga sans casser son élan. En revanche, il ne faut le conseiller ni à qui découvre One Piece, puisque tout y suppose les soixante-cinq volumes précédents, ni à qui cherche un tome de bataille : l'action y est brève et le volume mise sur autre chose. Les lecteurs attirés par le seul arc Punk Hazard auront intérêt à l'enchaîner aussitôt avec le tome 67, qui entre enfin dans le vif.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.