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MangaLangue d’origine : Japonais

Vieux machin

Première publication
2001
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Septième tome de la série, « Vieux machin » réunit les chapitres 54 à 62 et occupe le cœur de l’arc Baratie, dans la saga East Blue. Le restaurant flottant de Zeff subit l’assaut des hommes de Don Krieg : les cuisiniers défendent leur salle avec leurs ustensiles, et Sanji se dresse devant Pearl, un adversaire bardé de plaques qui se proclame invincible. Le combat tourne court. Pour sauver Zeff, Sanji renonce à rendre les coups, et le tome s’interrompt alors pour son morceau central, un retour en arrière de neuf ans. Un apprenti cuisinier et un pirate s’y retrouvent échoués sur une île déserte après un naufrage. Quatre-vingt-cinq jours de faim plus tard, on sait ce que Zeff a payé pour les faire survivre et d’où vient l’idée d’un restaurant en pleine mer. Le présent reprend ses droits dans le dernier tiers. Luffy engage le combat contre Don Krieg pendant que Gyn, l’homme de main de l’amiral, vient à son tour barrer la route à Sanji. Le volume se referme sur le recours de Krieg à une arme qui change la nature même de la bataille.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Quatre-vingt-cinq jours au milieu d’une bataille

Un tome de manga ne s’évalue pas comme un roman : c’est une tranche de récit taillée par la prépublication hebdomadaire du Weekly Shonen Jump, puis reliée après coup. Le septième tome de One Piece, paru chez Glénat en septembre 2001, est de ceux qui rendent l’exercice intéressant. Il fait ce qu’aucun volume précédent n’avait tenté : arrêter net une bataille en cours pour raconter, sur deux chapitres, un naufrage vieux de neuf ans. Et il le fait au pire moment, ce qui se révèle être le bon.

Le découpage de ce volume est plus retors qu’il n’y paraît. Les deux premiers chapitres installent un affrontement de shonen très ordinaire, avec un adversaire à gadget, Pearl, dont l’invulnérabilité proclamée appelle mécaniquement sa mise en défaut. Oda y déploie ce qu’il maîtrise déjà : une silhouette d’ennemi lisible en une case, un pouvoir résumable en une image, des cuisiniers qui se battent avec leurs ustensiles. Puis Sanji renonce à riposter pour sauver Zeff, et le récit se dérobe au moment précis où le lecteur hebdomadaire attendait sa résolution. La ruse tient à ce que cette interruption n’est pas une pause : le retour en arrière est la seule réponse possible à la question que pose la planche d’avant, pourquoi ce cuisinier accepte-t-il de se laisser démolir sans lever la main. Le passé n’illustre pas le présent, il le débloque.

Ce retour en arrière est le meilleur passage du volume, et sans doute de toute la saga East Blue. Il tient parce qu’il reste concret. Pas de discours sur la loyauté : une île nue, des vivres comptées, quatre-vingt-cinq jours, un homme qui ne bouge pas de son rocher et un gamin qui l’épie de l’autre côté. Le dessin change de régime, les trames s’éclaircissent, les grandes cases muettes se multiplient, les silhouettes se réduisent à deux points sur un caillou perdu en mer. Oda, dont le trait cartoon n’avait guère servi jusque-là que le burlesque, l’emploie ici à contre-emploi. C’est précisément parce que Zeff est dessiné en vieux bonhomme grotesque, moustache tressée et toque démesurée, que ce qui le concerne fait mal : l’humour n’est pas mis de côté le temps de l’émotion, il en devient le véhicule. Le titre du tome, emprunté au chapitre central, désigne le mentor avec ce mélange de rudesse et de tendresse dont Sanji ne se départira plus.

La reprise du présent souffre logiquement de la comparaison, mais elle est bien menée. Oda relance deux fronts en parallèle, Luffy contre Don Krieg d’un côté, Sanji contre Gyn de l’autre, et l’alternance rend au volume sa vitesse de croisière. Elle donne surtout au tome sa formule : tout s’y règle en dettes, celle que Luffy paie encore à Zeff, celle que Sanji croit devoir au Baratie, celle enfin qui retient le bras de Gyn au moment de frapper. Ce dernier est l’autre trouvaille du volume, un second couteau loyal qui hésite, chose rare chez les antagonistes de la série jusqu’ici. Le sens de lecture japonais sert d’ailleurs bien ces fins de chapitre, où la dernière case tombe en bas à gauche, au terme du mouvement de l’œil.

Reste la place de ce tome relié dans l’arc. Il n’ouvre rien et ne conclut rien : il est le pivot du Baratie, le moment où le siège d’un restaurant devient une histoire de dette et de filiation. Lu à sa place, il est le volume qui installe Sanji comme personnage à part entière, et non plus comme le prochain nom sur la liste d’un équipage en formation.

Notre verdictLe meilleur tome de la saga East Blue, et l’un de ceux où l’on voit une série changer de dimension en direct. En interrompant une bataille pour raconter un naufrage vieux de neuf ans, Oda prend un risque de rythme que la prépublication hebdomadaire décourage, et il gagne : l’épisode de l’île déserte donne à l’arc Baratie une gravité que ses premiers chapitres ne laissaient pas prévoir, sans rien sacrifier de la drôlerie du dessin. Le reste, combat de transition contre Pearl en ouverture, montée en puissance de Gyn en clôture, est du bon travail de série au long cours, ni plus ni moins. Ce n’est donc pas un tome autonome et il ne prétend pas l’être : c’est un pivot, à lire entre le sixième et le huitième, mais un pivot qui laisse une trace durable.

Points forts

  • Un retour en arrière qui vaut à lui seul le volumeLes deux chapitres consacrés à l’île déserte sont d’une efficacité redoutable parce qu’ils refusent l’emphase. Tout passe par des données matérielles: le nombre de jours, ce qui reste à manger, l’immobilité d’un homme assis sur son rocher. Oda laisse comprendre avant d’expliquer, et l’explication arrive une planche trop tard, ce qui est exactement le bon tempo.
  • Un trait comique retourné en registre tragiqueLe dessin rond et outrancier d’Oda n’est pas mis entre parenthèses pendant le drame: il le porte. La toque démesurée, la moustache tressée, les proportions absurdes de Zeff rendent la révélation plus dure, pas moins. C’est le volume où la série comprend ce qu’elle peut faire de son propre style.
  • Gyn, un second couteau qui a le droit d’hésiterFace à des antagonistes jusque-là très frontaux, Gyn introduit une faille morale que la série n’avait pas encore exploitée. Sa loyauté envers Don Krieg se fissure au contact du Baratie, et cette hésitation, patiemment installée, donne au dernier quart du tome tout son intérêt.
  • Une alternance qui relance la fin du volumeAprès le long décrochage du passé, Oda ouvre deux combats et passe de l’un à l’autre pour reconstruire la tension que l’interruption avait mise en suspens. Le procédé est simple, le dosage est juste: aucune des deux lignes ne piétine, et le dernier chapitre tombe au moment où elles convergent.

Réserves

  • Un tome qui ne commence ni ne finitLe volume s’ouvre en pleine mêlée et se referme sur une menace non résolue. C’est la loi du genre, mais il faut le dire: personne n’entrera dans One Piece par ce tome, et qui n’a pas les volumes voisins sous la main restera en plan. La lecture au tome près se paie ici plus cher qu’ailleurs.
  • Pearl, un adversaire de transition très schématiqueAvant que le passé ne prenne la main, l’affrontement contre Pearl relève de la mécanique de shonen la plus attendue: un pouvoir énoncé, une surenchère de gadgets, une hâblerie à démonter. Le personnage occupe le terrain le temps qu’il faut et vieillit moins bien que le reste du volume.
  • Le tribut du rythme hebdomadaireQuelques rappels de situation en ouverture de chapitre et des gags rejoués d’une planche à l’autre trahissent la prépublication. Lus d’une traite, ces retours se voient, et certaines pages de la bataille du restaurant auraient gagné à être resserrées.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s’adresse d’abord au lecteur déjà installé dans la série, qui a suivi au volume précédent le duel de Zoro contre Mihawk et l’arrivée de Don Krieg au Baratie : il n’a de sens qu’à sa place dans l’arc. Il vise ensuite deux publics plus précis. Ceux qui reprochent au shonen de n’être qu’une suite de combats y trouveront l’argument contraire, dans un retour en arrière qui fait basculer le registre sans renier le comique de l’ensemble. Et ceux qui aiment Sanji tiennent là son volume fondateur, celui qui explique sa cuisine, sa dette et sa mauvaise foi. À conseiller à partir de dix ou onze ans : la violence reste stylisée, mais la faim, la mutilation par nécessité et la mort rôdent dans le passage sur l’île, ce qui suppose un lecteur capable d’en encaisser la charge.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.