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MangaLangue d’origine : Japonais

Wiper le démon furieux

Première publication
2005
Éditions référencées
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De quoi parle ce livre ?

Vingt-huitième tome de One Piece, paru chez Glénat le 31 août 2005 et réunissant les chapitres 256 à 264 prépubliés dans le Weekly Shonen Jump, « Wiper le démon furieux » se situe au cœur de l'arc Skypiea, dans la saga de l'île céleste. L'équipage au chapeau de paille a posé le pied sur Upper Yard, terre interdite qu'Ener, le dieu de ces îles, a transformée en terrain de jeu de survie : pirates, guerriers shandias et garde sacrée y sont lâchés ensemble. Le volume s'ouvre sur Wiper, le démon furieux du peuple shandia, résolu à reprendre la terre de ses ancêtres et prêt à en payer le prix : c'est dans ces pages qu'il sort le Reject dial, une arme dont la puissance se retourne contre celui qui l'emploie. Le tome enchaîne ensuite les face-à-face, que les titres de chapitres annoncent les uns après les autres : Zoro contre Braham le guerrier, Luffy contre Wiper, Genbo le guerrier contre Yama le capitaine, Chopper contre Gedatsu le prélat, Nami et le drôle de chevalier contre les vice-capitaines Hotori et Katori. Il se referme sur un affrontement d'une tout autre ampleur, celui du guerrier Kamakiri et d'Ener en personne, où se révèle la véritable nature du dieu de Skypiea.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

3,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Neuf chapitres, six duels : le tome où Skypiea bascule dans la guerre

Le sommaire de ce vingt-huitième tome ressemble moins à une table des matières qu'à un tableau de tournoi : sur neuf chapitres, six portent en titre un nom, la mention « vs » et un autre nom. Oda laisse derrière lui l'émerveillement des premiers volumes de Skypiea, la mer de nuages et ses curiosités, pour installer un dispositif nu, le jeu de survie lâché sur Upper Yard. Le résultat se lit d'une traite et se referme sans qu'aucune des questions posées n'ait reçu sa réponse.

La grande affaire de ce volume est le montage. Oda dispose sur Upper Yard trois camps qui ne se connaissent qu'à peine (les pirates, les Shandias, la garde sacrée d'Ener) et les fait entrer en collision par paires, en changeant de point de vue d'un chapitre à l'autre. Le procédé n'a rien d'inédit dans le manga d'action, mais il est mené ici avec une discipline remarquable : chaque duel tient dans un chapitre ou presque, et le lecteur passe de Zoro à Luffy, de Genbo à Chopper, de Nami à Kamakiri sans jamais perdre la carte mentale de l'île. La couverture du tankobon dit exactement ce que le tome organise, en alignant quatre membres de l'équipage et cinq combattants shandias sur la même image.

Ce découpage en relais a un coût, et Oda le paie sciemment. Aucun de ces affrontements n'a la place de respirer. Là où la série sait ailleurs étirer un combat sur plusieurs volumes pour lui donner du poids, elle procède ici par salves : une opposition s'installe, deux ou trois échanges spectaculaires la portent, la coupe tombe. La tension ne naît donc pas de l'issue des duels, mais de leur simultanéité, de la sensation que l'île brûle par plusieurs bouts à la fois. C'est un rythme de bataille rangée plutôt que de tournoi, et il tient parce que le volume ne prétend à rien d'autre.

Le Reject dial est le meilleur geste dramaturgique du tome. Plutôt que d'expliquer Wiper par un monologue sur des siècles de dépossession, Oda le caractérise par son arme : un objet qui frappe si fort qu'il détruit son porteur. Le personnage tient tout entier dans ce rapport suicidaire à la reconquête, et le titre du volume, emprunté au premier chapitre, prend rétrospectivement son sens. Les dials, ces coquillages du ciel détournés en armement, fournissent plus largement au tome sa grammaire de combat : chaque adversaire dispose d'un vocabulaire d'attaques immédiatement identifiable, ce qui permet d'enchaîner les duels sans que les planches se confondent.

Le noir et blanc se met au service de ce chaos ordonné. Upper Yard n'est pas un décor unique mais un assemblage de zones aux reliefs contrastés, forêt dense, marécages, plein ciel, et chaque combat y trouve un fond reconnaissable au premier coup d'œil. Les masses noires du feuillage font ressortir les silhouettes claires, les traits de vitesse et les onomatopées occupent le reste de la case. Les pleines pages d'impact, où la déflagration efface le décor d'un seul coup, comptent parmi les plus fortes du volume. Le revers est une densité graphique parfois épuisante.

Reste la place du tome dans l'arc, et elle est nette : un mouvement central, entièrement consacré à faire monter la pression avant le dernier acte. Ener demeurait jusqu'ici une menace différée, un nom prononcé avec crainte par ceux-là mêmes qui le servent. Le chapitre final le fait descendre dans l'arène face à Kamakiri, et l'échelle change aussitôt : ce qui se réglait entre guerriers devient une affaire d'une autre nature, dont ce duel révèle enfin la mesure. Le tome s'arrête exactement là, sur ce seuil. C'est le geste d'un feuilletoniste qui sait où couper, et c'est aussi ce qui rend ce volume indissociable du suivant.

Notre verdict« Wiper le démon furieux » est un tome de rouage, et c'est ainsi qu'il faut le juger. Il n'invente rien, ne conclut rien, et son ambition tient en une phrase : porter l'arc Skypiea de l'exploration à la guerre ouverte. Il la remplit avec une maîtrise du découpage qui force le respect, six confrontations menées de front, une topographie d'île qui reste lisible de bout en bout, une montée en tension qui atteint sa cible à la dernière page, quand Ener sort enfin de l'ombre. Ce qu'il perd en profondeur, faute de place pour ses seconds rôles, il le gagne en énergie. On n'y trouvera pas les sommets émotionnels dont la série est capable, mais un artisan du feuilleton en pleine possession de ses moyens, qui sait à quel moment couper pour qu'on attrape le tome 29.

Points forts

  • Un montage en relais d'une clarté exemplaireSix duels menés de front, autant d'endroits différents sur une même île, et le fil ne se perd jamais. Oda change de point de vue par chapitres entiers, ancre chaque combat dans un terrain identifiable et fait du sommaire lui-même un plan de bataille lisible. C'est une leçon de découpage feuilletonesque, où la simultanéité tient lieu de suspense.
  • Wiper caractérisé par son arme plutôt que par un discoursLe Reject dial, qui blesse celui qui s'en sert, résume à lui seul le rapport du guerrier shandia à sa terre: une reconquête menée au prix de sa propre destruction. Oda obtient en quelques planches ce que d'autres auraient étalé sur un chapitre d'exposition, et installe du même coup un second rôle capable de tenir tête au héros.
  • Des terrains qui travaillent au lieu de meublerFeuillages en aplats noirs, marécages, ciel ouvert: les zones d'Upper Yard découpent les cases, cadrent les silhouettes et servent de repère spatial quand l'action se disperse sur plusieurs fronts. Le noir et blanc du tankobon y gagne un contraste franc, et les pages où la déflagration balaie ce décor n'en frappent que davantage.

Réserves

  • Un volume qui n'ouvre ni ne referme rienLu isolément, ce tome est une fraction pure: il commence en pleine mêlée et s'achève sur un seuil. Aucun combat n'y trouve de conclusion qui pèse, aucune révélation n'y est déployée. C'est la loi du feuilleton et c'est parfaitement assumé, mais qui ne dispose pas du tome suivant referme celui-ci avec une frustration réelle.
  • Des adversaires réduits à leur fonctionBraham, Yama, Hotori et Katori existent surtout comme obstacles à franchir. La cadence d'un duel par chapitre ne laisse pas la place de leur donner une histoire, et leur résistance ne dit presque rien d'eux. Le contraste est net avec Wiper, à qui quelques planches suffisent pour devenir un personnage.
  • Une lisibilité mise à l'épreuve par la surchargeÀ force de superposer hachures végétales, traits de vitesse, onomatopées et effets de dials, certaines planches d'action réclament une seconde lecture. L'œil, qui devrait glisser d'une case à l'autre de droite à gauche, s'accroche à des masses noires où il faut d'abord retrouver qui frappe qui.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse aux lecteurs déjà engagés dans Skypiea, c'est-à-dire à ceux qui ont derrière eux les volumes précédents de la saga de l'île céleste : il n'existe aucune façon raisonnable d'entrer dans One Piece par ici, tant le volume repose sur des enjeux et des personnages installés ailleurs. Il ravira les amateurs de grandes mêlées collectives, celles où l'équipage se disperse et où chacun décroche son adversaire, ainsi que les lecteurs sensibles aux mécaniques de combat à gadgets, les dials fournissant ici un système d'attaques d'une belle inventivité. Il conviendra moins à ceux qui suivent la série tome par tome, à plusieurs semaines d'intervalle : c'est un volume de marathon, à enchaîner avec le suivant. Le lectorat adolescent visé par la prépublication dans le Weekly Shonen Jump y trouvera exactement ce qu'il vient chercher, à condition d'accepter neuf chapitres qui ne laissent guère de place au repos.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Aucune édition référencée pour cette œuvre.

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.