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Couverture de Astérix chez les Bretons

Bande dessinéeLangue d’origine : Français

Astérix chez les Bretons

Première publication
1966
Éditions référencées
4

De quoi parle ce livre ?

Astérix chez les Bretons est le huitième album de la série Astérix, scénarisé par René Goscinny et dessiné par Albert Uderzo, prépublié dans le journal Pilote puis paru en album en 1966. L'intrigue se déroule alors que les légions de Jules César envahissent la Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne). Un village breton résiste encore, et l'un de ses habitants, Jolitorax, cousin d'Astérix, traverse la Manche pour demander l'aide du village gaulois. Astérix et Obélix repartent avec lui en emportant un tonneau de potion magique destiné à soutenir la résistance bretonne. Le récit multiplie les parodies des usages britanniques : la pause de cinq heures pour boire de l'eau chaude, la bière tiède, le flegme, le gazon impeccable, l'ordre des mots calqué sur l'anglais. Le tonneau finit égaré parmi des fûts de vin, puis perdu ; Astérix improvise alors une infusion à partir d'herbes rapportées de Gaule, dépourvue de tout pouvoir magique, qui redonne confiance aux Bretons et devient leur boisson nationale, le thé.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4,5/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Astérix chez les Bretons : le flegme, le thé et le génie du calque linguistique

Huitième album de la série, prépublié dans Pilote en 1965 puis édité en volume en 1966, 'Astérix chez les Bretons' compte parmi les sommets du tandem Goscinny-Uderzo. La métadonnée voit juste sur ce point : il s'agit bien d'une bande dessinée de 1966. Une précision reste utile : René Goscinny, seul auteur crédité ici, en signe le scénario, le dessin revenant à Albert Uderzo. Réduire l'album à une collection de clichés sur l'Angleterre serait passer à côté de l'essentiel. Ce qui mérite l'analyse, c'est la mécanique du langage : Goscinny calque la syntaxe anglaise sur le français et bâtit un comique de traduction d'une précision rare. Derrière le rire affleure une réflexion malicieuse sur l'identité nationale et sur le pouvoir de la croyance.

La construction obéit à la logique éprouvée du récit de quête, mais Goscinny la dédouble habilement. César a envahi la Bretagne ; un village isolé résiste encore, et le Breton Jolitorax traverse la Manche pour réclamer à son cousin gaulois un tonneau de potion magique. Ce premier trajet, bref, sert d'exposition ; le vrai voyage est le retour, quand Astérix et Obélix escortent le précieux tonneau jusqu'à l'île. Là, le moteur comique s'emballe : le tonneau se perd au milieu d'une cargaison de vin que les légionnaires réquisitionnent, et il faudra les voir la goûter, fût après fût, pour retrouver le bon, dégustation qui vire à l'ivresse générale.

Le vrai sujet, pourtant, n'est pas l'intrigue mais la langue. Goscinny transpose littéralement les tournures anglaises : l'adjectif placé avant le nom, le 'N'est-il pas ?' greffé en fin de phrase, le 'Je dis !', le 'Un morceau de chance', le 'Et toute cette sorte de choses', le rituel 'Secouons-nous les mains'. Les noms propres prolongent le jeu (Zebigbos venu de 'the big boss', Jolitorax le cousin flegmatique). Le procédé joue à deux étages : on rit d'abord de l'étrangeté de la formule, puis de reconnaître dessous, si l'on connaît l'anglais, l'idiome d'origine.

Le portrait des Bretons enfile les traits attendus avec une gourmandise réjouissante : la cervoise tiède, le sanglier bouilli servi à la sauce à la menthe, l'eau chaude bue à cinq heures avec un nuage de lait, la trêve du week-end en pleine bataille, la pelouse tondue au millimètre, le flegme et la politesse imperturbables jusque sous les coups. La satire des stéréotypes n'épargne personne : les Gaulois y montrent aussi leurs défauts, si bien que l'album se lit comme une entente cordiale fondée sur l'autodérision partagée.

La chute couronne l'ensemble. Privé de potion, Astérix fait infuser les herbes que Panoramix lui avait confiées ; la décoction ne doit son efficacité qu'à la confiance qu'elle inspire, donne aux Bretons la victoire, puis se révèle être du thé. Ce ressort du placebo, rare dans une bande dessinée grand public, offre au récit une profondeur inattendue et un joli mythe des origines. Uderzo, lui, campe une Londinium brumeuse et une galerie de trognes qui prolongent le texte sans jamais le doubler.

Notre verdict'Astérix chez les Bretons' est un classique qui a pleinement mérité sa réputation. On peut lui reprocher une intrigue de convention et un procédé comique qui finit par se répéter, mais ce serait bouder un plaisir rare : celui d'une écriture qui fait de la traduction elle-même un ressort de rire, et d'une satire assez tendre pour se moquer de tout le monde sans humilier personne. La chute sur le thé et le placebo ajoute une pointe d'intelligence qui hisse l'album au-dessus du simple divertissement. Porté par un Uderzo au meilleur de sa forme, c'est l'un des sommets de la série et l'une des plus fines comédies culturelles de la bande dessinée franco-belge. Un incontournable.

Points forts

  • Un comique de traductionLe calque systématique de la syntaxe anglaise sur le français est une vraie trouvaille d'écriture. Le procédé fait rire par sa seule justesse linguistique et joue sur deux tableaux: plaisir immédiat de l'absurde, plaisir plus fin pour qui reconnaît, sous la réplique, la tournure anglaise d'origine.
  • Une satire sans fielLa moquerie reste affectueuse et réciproque. En raillant le flegme britannique, Goscinny renvoie les Gaulois à leurs propres travers; le rire ne blesse jamais et se lit comme un hommage souriant à l'entente cordiale.
  • Une chute qui penseL'invention du thé par le biais d'une fausse potion transforme un simple gag en petite fable sur la force de la croyance. Le placebo qui donne la victoire est une idée à la fois drôle et étonnamment profonde pour une lecture grand public.
  • Texte et image accordésLe trait d'Uderzo (Londinium noyée de brouillard, galerie de trognes, action enlevée) épouse le rythme du scénario sans redondance, preuve d'un tandem au sommet de sa complicité.

Réserves

  • Un procédé qui s'useLe gag linguistique, génial d'entrée, tend à se muer en système sur la longueur de l'album. À force de revenir, les mêmes tournures émoussent un peu leur effet de surprise.
  • Une intrigue mécaniqueL'aventure proprement dite (la quête du tonneau, la course-poursuite) reste convenue et sert surtout de prétexte au feu d'artifice verbal. Qui vient y chercher un vrai suspense en sortira sur sa faim.
  • Des clichés d'époqueCertains stéréotypes, inoffensifs mais très datés de 1966, reposent sur une image de l'Angleterre que les lectures actuelles trouveront parfois un peu figée.

À qui s’adresse ce livre ?

L'album vise d'abord un très large public familial, dans la tradition de la double lecture : les enfants savourent les batailles, les baffes distribuées aux Romains et le comique visuel, tandis que les adultes goûtent la satire culturelle et les jeux de langage. Il ravira les amateurs de mots d'esprit, comme tous ceux, francophiles ou anglophiles, que la comédie des identités nationales amuse. Ceux qui connaissent un peu l'anglais y trouveront une strate de plaisir supplémentaire, en reconnaissant les tournures d'origine derrière chaque réplique bretonne. C'est enfin une excellente porte d'entrée dans la série, l'un des titres où le talent de Goscinny scénariste éclate avec le plus d'évidence.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
Astérix chez les BretonsHachetten.c.Autre · 48 p. · Français978-2-01-210008-4Non renseigné
Astérix chez les BretonsHachetten.c.Autre · 48 p. · Français978-2-01-210140-1Non renseigné
Asterix Chez les BretonsFrench & European PubnsRelié · Français978-0-7859-4623-6Non renseigné
Asterix in BritainDargaud,ParisRelié · 48 p. · Français978-2-205-00185-3Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 19 août 2026, mise à jour le 19 août 2026.