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Couverture de One Piece, tome 104

Manga

Momonosuké Kozuki, shogun du pays des Wa

Première publication
2023
Éditions référencées
1

De quoi parle ce livre ?

Cent quatrième tome de la série d'Eiichirō Oda, ce tankobon réunit les chapitres 1047 à 1055 prépubliés dans le Weekly Shonen Jump et forme la quinzième portion de l'arc du Pays des Wa. Il s'ouvre au pire moment du raid: Onigashima dérive dans le ciel de la capitale des fleurs, la forteresse volante menace de s'abattre sur la ville, et Luffy comme Kaido en sont à leurs dernières forces. Le volume tient d'abord ce double compte à rebours, celui du duel au sommet et celui de la chute annoncée, pendant qu'au sol Denjiro sauve Hiyori et règle définitivement le cas d'Orochi. Puis Oda change de régime: l'île est posée sans écraser la ville, et le pays apprend le nom de son nouveau shogun. Une semaine passe, le clan Kozuki et l'équipage du Chapeau de paille soufflent, le festival traverse la capitale, le journal arrive avec les nouvelles primes et la liste remaniée des Quatre Empereurs, où figurent Luffy et Baggy. Le répit est court: l'amiral Ryokugyu débarque dans un pays à peine libéré et le nom de Sabo, l'Empereur des flammes, circule jusque dans les réunions de la Marine. Un tome de bascule, qui solde vingt ans d'occupation et ouvre aussitôt une ère nouvelle.

Résumé rédigé par la rédaction. Aucun texte de quatrième de couverture n’est repris.

Que vaut ce livre ?

4/ 5

Note sur 5, par demi-points, sur notre échelle documentée.

Onigashima retombe, et un enfant devient shogun

Il y a des tomes de One Piece qui font avancer une bataille, et d'autres qui referment un pan entier de la série. Le cent quatrième appartient à la seconde catégorie, et il le sait. Neuf chapitres pour éteindre le raid d'Onigashima, faire atterrir une forteresse volante sans écraser la ville qu'elle survole, solder le cas d'Orochi, donner enfin à Momonosuké la parole que le titre du volume lui promet, puis basculer sans transition dans un après où les cartes du monde pirate viennent d'être rebattues. Eiichirō Oda y tient deux gestes opposés à l'intérieur d'un seul tankobon: il conclut, et il relance.

Le découpage est la vraie affaire de ce tome. Les trois premiers chapitres appartiennent encore au climax: Oda y fait converger les attaques finales de Luffy et de Kaido, la descente d'Onigashima sur la capitale des fleurs et la revanche de Denjiro sur Orochi, en alternant les échelles sans jamais lâcher le compte à rebours. Le montage parallèle est tenu; chaque page tournée dans le sens japonais rapproche la masse de l'île du sol, et la résolution du duel ne vaut rien tant que le problème matériel de la chute n'est pas réglé lui aussi. De ce point de vue, les nuages de flammes que Momonosuké fabrique pour poser l'île comptent davantage que le coup qui abat Kaido: Oda convertit un enjeu d'action en enjeu de responsabilité et fait passer le pouvoir d'un personnage à l'autre à l'intérieur de la même séquence.

Vient ensuite une rupture franche. Le sixième chapitre saute une semaine et installe un régime narratif entièrement différent: cases plus larges, convalescence, banquet, comique de troupe assumé, personnages secondaires qu'on retrouve un par un. Beaucoup de séries au long cours liquident ce moment en trois pages. Oda lui accorde de la place, et il a raison: c'est là que se mesure ce que la nuit a coûté, et c'est là que le tome pose sa vraie proposition, celle d'un pays qui recommence à vivre. La proclamation qui donne son titre au volume fonctionne dès lors comme un centre de gravité plutôt que comme un point final: un enfant grandi de force annonce à un peuple que ses vingt dernières années sont terminées.

Le noir et blanc suit ce changement de température avec une souplesse qui reste remarquable après cent volumes. Les planches du raid travaillent les masses sombres, les trames de fumée et les contre-plongées qui écrasent les silhouettes sous le ventre de l'île; celles du festival respirent, se peuplent, laissent le décor de la capitale occuper le fond des cases. Oda continue de composer des doubles pages faites pour être lues comme des affiches, notamment quand il faut donner corps d'un seul coup à une nouvelle configuration du monde. Le lettrage français de l'édition Glénat accompagne bien cette respiration, même si la densité de texte dans les cases de foule demande, comme souvent chez cet auteur, une lecture attentive.

La dramaturgie prend un virage plus retors dans le dernier tiers. Alors que tout semble soldé, l'irruption de l'amiral Ryokugyu relance la tension en quelques planches et rappelle ce que le pays des Wa avait fait oublier: la libération d'un territoire n'intéresse pas le gouvernement mondial comme elle intéresse ses habitants. Oda enchaîne alors les révélations à un rythme presque brutal, primes, Empereurs, rumeurs venues du QG de la Marine, et referme le volume sur une image de seuil, une menace qui recule devant une intervention venue du large. C'est efficace, mais c'est aussi le moment où le tome cesse d'être un récit pour devenir un carrefour d'informations. Sa place dans l'arc est exactement là: dernier volume de plein régime du Pays des Wa, et premier volume de ce qui vient après.

Notre verdictUn tome charnière, et l'un des plus assurés de la période récente. Oda y réussit ce que ratent souvent les séries fleuves: donner à une conclusion son poids sans laisser le récit retomber derrière elle. La fin du raid est menée avec une rigueur de montage remarquable, la longue séquence d'après-bataille offre le contrecoup que la nuit d'Onigashima appelait, et la proclamation qui donne son titre au volume place au centre un personnage qu'on avait longtemps regardé comme un enfant encombrant. Le dernier tiers, plus dense en annonces qu'en récit, l'empêche d'atteindre la tenue d'un tome purement narratif, et les grands antagonistes quittent la scène un peu vite. Jugé pour ce qu'il est, une fraction de récit chargée de refermer une saga et d'en ouvrir une autre, ce cent quatrième volume fait exactement son travail, et le fait sans trembler.

Points forts

  • Un climax résolu par autre chose qu'un coup de poingLa chute d'Onigashima impose au duel une contrainte physique qui l'empêche de tourner à la seule surenchère. Oda éteint la menace en déplaçant la charge sur un autre personnage que son héros, et transforme la fin d'un combat en transmission de responsabilité. C'est la meilleure idée dramaturgique du volume.
  • Un après-bataille qui prend son tempsLe saut d'une semaine, la convalescence et la fête ne servent pas de remplissage. Ils laissent le temps de constater les pertes, de retrouver la troupe et de voir à quoi ressemble le quotidien d'un pays qui vient d'être libéré. Peu de shonen au long cours accordent cette place au contrecoup.
  • Une bascule de série gérée en quelques planchesLes nouvelles primes et la liste remaniée des Quatre Empereurs redessinent la carte du monde pirate sans que le récit quitte le point de vue de personnages occupés à lire un journal. Faire passer une information massive par une scène ordinaire reste la manière la plus élégante qu'a Oda de changer d'échelle.
  • Un noir et blanc qui change de régime avec le récitTrames lourdes, contre-plongées et masses noires pour la fin du raid; cases aérées, décors habités et comique de troupe pour le festival. Le passage d'un registre graphique à l'autre est franc sans être heurté, et donne au tome son relief.

Réserves

  • Un dernier tiers qui déverse beaucoup d'informationsAprès la proclamation, le tome enchaîne primes, Empereurs, débarquement d'un amiral et rumeurs venues du QG à une cadence qui laisse peu de temps à chaque annonce. Le lecteur assidu y trouvera son compte; celui qui reprend la série après une pause passera l'essentiel de ces chapitres à recoller des noms.
  • Des antagonistes qui quittent la scène très viteAprès tant de volumes passés à les construire, Kaido et Orochi sont expédiés en très peu de planches, l'un dans le mouvement même de sa défaite, l'autre en une poignée de cases. Le choix sert le rythme, mais il ne leur offre pas la sortie que leur ampleur laissait espérer.
  • Un volume qui suppose tout l'arc derrière luiC'est le prix d'un tome de dénouement: presque rien n'y est lisible pour qui n'a pas suivi les quatorze tomes précédents du Pays des Wa. Jugé comme fraction de récit, il assume cette dépendance, mais il ne tend la main à aucun moment à un lecteur neuf.

À qui s’adresse ce livre ?

Ce tome s'adresse d'abord au lecteur qui suit le pays des Wa depuis son ouverture et attend de voir l'arc soldé: c'est pour lui qu'Oda a construit ce mélange de conclusion et de relance, et lui seul mesurera vraiment ce que la proclamation de Momonosuké représente après vingt ans d'occupation. Il retiendra aussi les amateurs de mécanique de série au long cours, curieux de voir comment un auteur referme une saga de quinze tomes sans laisser retomber sa dynamique, et comment il installe un nouveau statu quo mondial en deux chapitres. En revanche, personne ne devrait commencer One Piece ici, ni y revenir après une longue interruption sans un rappel préalable: le volume ne récapitule rien et distribue ses effets en supposant acquis les enjeux, les visages et l'histoire récente du pays. Les lecteurs qui suivent l'édition Glénat, eux, tiennent là un des tomes les plus mémorables de la période, couverture comprise.

Informations sur l’édition

L’ISBN, l’éditeur, la langue de publication, le format et la pagination appartiennent à l’édition. L’œuvre, elle, ne porte que son titre canonique et sa date de première publication.

Éditions référencées, avec ISBN, éditeur, date de parution et format
ÉditionÉditeurParutionFormatISBNDisponibilité
One Piece, tome 104Momonosuké Kozuki, Shogun du Pays des WaGlénatn.c.Broché · 192 p. · Français978-2-344-05217-4Non renseigné

Sources et date de mise à jour

Critique publiée le 20 août 2026, mise à jour le 20 août 2026.

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