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Antoine Volodine referme le post-exotisme : onze livres, onze éditeurs, huit propriétaires

Du 24 au 28 août 2026, onze livres signés Infernus Iohannes ont paru chez onze éditeurs différents. Derrière la curiosité de rentrée, onze catalogues, mais huit propriétaires seulement.

Du 24 au 28 août 2026, onze livres ont paru sous la même signature de couverture, Infernus Iohannes, hétéronyme collectif d’Antoine Volodine, chacun chez un éditeur différent. Tous portent le même titre générique, Retour au goudron. Les sources décrivent l’opération comme une parution simultanée, tout en situant les mises en vente dans une fenêtre de cinq jours ; aucune ne publie de date commune. C’est ce qui a fait la curiosité de la rentrée ; ce n’est pas ce qu’elle a de plus instructif.

Onze couvertures, une seule signature

La liste des onze maisons est donnée à l’identique par Livres Hebdo, ActuaLitté, En attendant Nadeau et la Maison de la Poésie de Paris, qui publient également l’appariement titre par titre ; En attendant Nadeau y ajoute pagination et prix. Le volume de La Marelle circule sous deux formes, complète chez les uns, abrégée en Dernière livraison chez les autres, sans divergence sur le livre.

  • Bardo solo (Actes Sud)
  • Ultimes sursauts (La Fabrique)
  • Chagrins (Minuit)
  • La Grande Misère (L'Olivier)
  • Défections et Cie (Rivages)
  • Mémoire, mode d'effroi (Robert Laffont)
  • Les Meilleurs d'entre nous (Seuil)
  • Survies minuscules (Éditions du sous-sol)
  • Zone crypte, zone miroir (Verdier)
  • Malaise chez les plongeuses (La Volte)
  • Retour au goudron. Dernière livraison (La Marelle)
C'est le point final magistral qui réactualise joyeusement la notion de collectif avec un collectif d'éditeurs qui se fait le porte-voix d'un collectif d'auteurs.
Mathilde Azzopardi, directrice des éditions Verdier, citée par Sean Rose dans Livres Hebdo

Onze catalogues, huit propriétaires

Reste à savoir ce que recouvre ici le mot éditeur. Derrière les onze noms, quatre ensembles en rassemblent sept. Média-Participations détient le Seuil, dont L’Olivier est une filiale. Editis en réunit deux autres : Robert Laffont, et les Éditions du sous-sol, département du Seuil depuis 2014 mais cédées à Editis en 2024. Actes Sud a racheté la totalité du capital de Payot & Rivages au 1er janvier 2013 et figure donc deux fois dans la liste. Madrigall, la holding de Gallimard, a repris les Éditions de Minuit, rachat annoncé en juin 2021 pour prendre effet au 1er janvier 2022. Restent quatre maisons qui ne dépendent d’aucun groupe : La Fabrique, Verdier, La Volte et La Marelle, association marseillaise fondée en 2010, qui organise des résidences d’écriture et publie sous le nom La Marelle Éditions.

Onze catalogues, donc, mais huit propriétaires : la liste change de sens. Gallimard, qui avait publié Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze, n’y figure pas sous son nom, mais son groupe y est présent par Minuit : l’absence remarquée n’est qu’une absence d’enseigne. L’entente est réelle, Livres Hebdo titre « 11 éditeurs s’unissent » et y voit « un geste éditorial tout à fait inédit », formule qui appartient au commentaire de presse ; elle porte simplement sur huit décideurs, dont trois groupes de taille industrielle, et non sur onze maisons souveraines.

Le fait se décrit sans emphase : un même auteur occupe la même semaine des catalogues que l’échelle sépare. On peut supposer, sans qu’aucune source ne publie de tirages ni de mise en place, que les onze volumes n’auront ni la même diffusion ni la même présence sur les tables.

Une architecture fixée en 1998

Dans Hendécalogie des confins, sa critique du 25 août pour En attendant Nadeau, Nicole Caligaris rappelle que Volodine avait fixé dès 1998 l'architecture de son œuvre à quarante-neuf titres, et rattache le projet au Bardo tibétain, cet état intermédiaire après la mort. Le second volet du dossier relève que Bardo solo suit quarante-neuf stations à travers le Bardo Thödol. Livres Hebdo situe pour sa part le premier roman post-exotique, Biographie comparée de Jorian Murgrave, en 1985 chez Denoël, dans la collection Présence du futur : quarante et un ans séparent ce début de la semaine du 24 août.

Antoine Volodine, principal pseudonyme de Jean Desvignes, avait obtenu le prix Médicis 2014 pour Terminus radieux. Le sujet n'était pas une primeur de librairie : une dépêche d'agence reprise les 13 et 14 août 2026 par France24, franceinfo et CNews l'avait porté dans la presse généraliste avant la parution des livres.

La Maison de la Poésie de Paris, qui décrit l'opération comme « un geste artistique très spectaculaire », programme une rencontre Antoine Volodine / Infernus Iohannes autour de Retour au goudron le jeudi 10 septembre 2026 à 19h30. Onze maisons ont su faire paraître ensemble ; reste à voir, la rentrée passée, ce que devient une œuvre répartie entre des catalogues aussi inégaux.

Sources

  1. Livres Hebdo, 11 éditeurs s’unissent pour publier Antoine Volodine, par Sean Rose, consultée le
  2. En attendant Nadeau, Infernus Iohannes : Hendécalogie des confins, par Nicole Caligaris, consultée le
  3. ActuaLitté, Un auteur, 11 éditeurs : le pari fou d’Antoine Volodine, par Clotilde Martin, consultée le
  4. Éditions Verdier, reprise de l’entretien paru dans Livres Hebdo, consultée le
  5. Maison de la Poésie de Paris, rencontre du 10 septembre 2026, consultée le
  6. Livres Hebdo, Le Seuil reprend les éditions du Sous-sol, consultée le
  7. AFP, Editis rachète les Éditions du Sous-Sol au Seuil, consultée le

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