Requiem pour un Bleu
Raoul Cauvin
Le sergent Cornelius Chesterfield émerge à peine de trois jours de coma lorsqu'on lui apporte la pire des nouvelles : Blutch, son caporal, son contradicteur perpétuel, le tire-au-flanc qu'il rudoie, serait mort au champ de bataille. Inconscient pendant tout l'affrontement, le sous-officier le plus belliqueux du 22e de cavalerie ignore tout des dernières heures de son compagnon. Il entreprend de les reconstituer en interrogeant un à un ceux qui étaient là. Mais les versions divergent. Blutch a-t-il cédé sa place sur la civière pour que le sergent soit évacué le premier ? L'a-t-il ramené du champ de bataille sur son dos, au péril de sa propre vie ? Le croyant mort, a-t-il cherché à le venger en chargeant seul les lignes ennemies ? Les témoignages se contredisent, s'embellissent, et la vérité recule à mesure que l'enquête avance. Quarante-sixième album de la série, paru chez Dupuis en 2003, Requiem pour un Bleu profite de ce dispositif pour glisser de la comédie militaire vers un registre plus intime : la mémoire des combattants, l'amitié que ces deux-là ne s'avoueront jamais, et les récits héroïques que les soldats fabriquent après coup pour rendre la guerre racontable.
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